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"Quand la zone euro explosera..."
L'un des best-sellers des livres économiques en 2013
Le premier livre a avoir prévu la sortie de la récession dès février 2009
Plus de 15 000 exemplaires vendus
Merci aux 12500 signataires de la
petition pour une BCE responsable
Malheureusement, le combat continue...
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L'humeur de la semaine - 17 août 2017
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.
L'humeur de la semaine - 11 août 2017
S’il y a un point sur lequel les Etats-Unis et la France se rejoignent, c’est bien celui-là ! En effet, bien avant la poignée de main chaleureuse entre MM. Trump et Macron, les deux pays se sont économiquement réunis il y a déjà plus de trente ans par le cumul structurel de ce que l’on appelle les « twin deficits », c’est-à-dire les déficits jumeaux : balance commerciale et budgétaire. Il s'agit d'ailleurs presque d'un mode de vie, qui finira forcément par coûter très cher. Ainsi, le dernier excédent des comptes publics hexagonaux remonte à 1974. Depuis, avec ou sans croissance, la France a été incapable d'assainir ses finances publiques. Parallèlement, la balance commerciale française est restée déplorable. En juin 2017, le déficit cumulé sur douze mois a même atteint 60,6 milliards d’euros, un plus haut depuis octobre 2014. Le plus incroyable réside dans le fait que l'annonce régulière de ces « twin deficits » passe presque inaperçue, que ce soit en France ou aux Etats-Unis. Jusqu'à quand ? Car ne rêvons pas : affectés par des « twin deficits » qu'ils auront de plus en plus de mal à combler, les Etats-Unis perdront leur place de première puissance économique mondiale d'ici une dizaine d'années au profit de la Chine. Quant à la zone euro, elle aura depuis bien longtemps explosé, laissant ses anciens pays membres dans le chaos, et notamment la France qui, à force d'avoir accumulé les « twin deficits » sans réagir, sera devenu un Disneyland géant, dont les Chinois et les Qatari raffoleront. Faut-il vraiment en arriver là pour enfin comprendre la gravité de la situation et notamment admettre que nos déficits jumeaux sont devenus intenables et extrêmement dangereux ? Espérons donc que nous allons enfin nous réveiller, sinon tant la France que les Etats-Unis s'écrouleront avec leurs « twin deficits »…
Economic World - 07 août 2017
L'humeur de la semaine - 03 août 2017
Qui aurait l’idée saugrenue de confier des bonnes bouteilles de vin à un ivrogne invétéré ? Certainement pas grand monde. C’est pourtant ce que ne cessent de faire de (trop) nombreux investisseurs internationaux lorsqu’ils prêtent leurs deniers à certains Etats de la zone euro dont la dette publique ne cesse d’augmenter. Et ce à des taux d’intérêt excessivement bas. Une nouvelle étape dans cet aveuglement collectif a été franchie le 25 juillet 2017, qui a marqué le grand retour de la Grèce sur le marché obligataire. En effet, après plus de trois ans d’absence et alors qu’il continue de bénéficier des prêts « bonifiés » du Mécanisme Européen de Stabilité (MES), l’Etat grec a réussi à lever 3 milliards d’euros à cinq ans, avec un taux de rendement de 4,625 %. Dans le même temps, le taux d’intérêt théorique à dix ans de la dette grecque est tombé à 5,45 %, un plus bas depuis décembre 2009. Doit-on rappeler qu’en mars 2012, ce taux d’intérêt à dix ans avoisinait les 40 % et que celui à deux ans montait à 377 % le 7 mars 2012 ? Si le retour de la Grèce sur les marchés internationaux est évidemment une bonne nouvelle pour le peuple grec, il pose néanmoins une question : que s’est-il passé entre la période 2012-2015 et aujourd’hui pour justifier un tel engouement des investisseurs et surtout une telle baisse des taux d’intérêt ? La dette publique a-t-elle fortement baissé ? La croissance forte est-elle revenue ? Des mesures crédibles de récupération de l’impôt ont-elles été prises ? Non, non et non ! Ce raisonnement n’est d’ailleurs pas l’apanage du cas grec, il peut également s’appliquer à de nombreux pays de la zone euro, qui n’ont toujours pas retrouvé le chemin de la croissance forte et dont la dette publique continue d’augmenter. A commencer par l’Italie, mais aussi la France. Aussi fou que cela puisse paraître il faut noter qu’en dépit d’une récente augmentation, le taux d’intérêt à dix ans des obligations de l’Etat français est de seulement 0,75 %. Les taux d’intérêt de sa dette sont même négatifs jusqu’aux échéances de 5 ans. Vous ne rêvez pas : pour pouvoir prêter à l’Etat français à cinq ans, il faut payer… En d’autres termes, les détenteurs de ces obligations sont sûrs de perdre, mais ils en redemandent et avec le sourire. Il faut donc retrouver un minimum de bon sens : le retour en grâce de la Grèce sur les marchés obligataires, le maintien de taux d’intérêt à dix ans inférieurs à 1 % sur la dette française et négatifs jusqu’aux échéances à cinq ans confirment que la bulle obligataire est toujours présente dans la zone euro et en France. Une dernière question doit donc se poser : jusqu’à quand cet aveuglement collectif va-t-il durer ? Réponse ci-après...
L'humeur de la semaine - 28 juillet 2017
Au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République française, un consensus s’était imposé : Oui, après trente ans d’immobilisme, la France allait enfin entrer dans l’ère du changement, voire de la révolution, retrouvant rapidement le chemin de la croissance forte et du plein-emploi. Confirmant cet engouement quasi-généralisé, les indices de cote de popularité du nouveau Président, mais aussi ceux relatifs au climat des affaires et à la confiance des ménages ont très vite flambé, atteignant parfois des sommets quasiment historiques. Seulement voilà, comme nous l’expliquions en cachette à l’époque et comme nous n’avons cessé de le répéter sous les Présidences Chirac, Sarkozy et Hollande, le marketing ne fait pas tout. En effet, si la méthode Coué peut fonctionner à court terme, elle est très vite rattrapée par la réalité. Ainsi, en dépit de n’avoir cessé de répéter que « la crise était finie », que « la reprise était là » et que tout devait « aller mieux », les trois derniers Présidents n’ont pas réussi à sortir la croissance française de sa mollesse endémique et encore moins à inverser effectivement la courbe du chômage. Et pour cause : pour y parvenir, il aurait fallu engager de véritables réformes structurelles et non pas se contenter de réformettes agrémentées de marketing. Dans le cas Macron, la situation pourrait malheureusement s’avérer encore plus périlleuse. D'ailleurs, à peine trois mois après avoir été élu, le nouveau Président a vu sa cote de popularité s’effondrer de dix points en un seul mois. A ce stade du mandat, il se retrouve moins populaire que Nicolas Sarkozy et François Hollande. Parallèlement, l’indice INSEE de confiance des ménages, qui avait nettement progressé lors des deux mois suivant l’élection présidentielle a perdu 4 points sur le seul mois de juillet, une de ses plus fortes baisses mensuelles. Espérons donc que M. Macron fera les bons choix et saura mettre à profit le tube d’une autre de ses « guest stars » de la semaine, en l’occurrence Bono, le chanteur de U2 : « With or without you », la France devra se réformer en profondeur. Mieux vaut simplement qu’elle le fasse dans la douceur plutôt que dans la douleur. Alors « Manu », comme Rihanna vous l’a peut-être dit « Don’t Stop the Music », merci de ne pas jouer à la « Russian Roulette » et faites tout pour transformer l’économie française en « Diamonds »…
Economic World - 24 juillet 2017
Une fois encore, la Chine a déjoué tous les pronostics, y compris ceux du gouvernement qui avait annoncé une nette décélération de la croissance chinoise pour le printemps 2017. Et bien non ! Finalement, l’économie chinoise n’a même pas ralenti au cours du deuxième trimestre 2017. Son PIB a, au contraire, augmenté de 1,7 % (après une progression de 1,3 % au trimestre précédent), permettant à son glissement annuel de se stabiliser à 6,9 %, après avoir déjà augmenté de 0,1 point au cours du trimestre précédent. Et si la fiabilité de ces statistiques laisse évidemment à désirer, il faut reconnaître que la résistance de l’économie chinoise constitue une bonne nouvelle dans un environnement international fragile. La Chine demeure ainsi la locomotive du monde émergent, mais aussi de l’économie planétaire. La contribution de la Chine à la croissance mondiale devrait encore s’établir autour de 1,2 point cette année sur un total de 3,3 %. A titre de comparaison, la contribution de l’Inde devrait avoisiner 0,5 point, celle des Etats-Unis 0,3 point et celle de la zone euro 0,2 point. Pour soutenir leur croissance économique, les Chinois ne lésineront d’ailleurs pas sur les moyens, puisqu’ils continueront de puiser dans leurs réserves de changes colossales, qui ont dernièrement repris le chemin de la hausse (repassant au-dessus de la barre des 3 000 milliards de dollars en juin, à précisément 3 056 milliards de dollars). Ils pourront aussi compter sur la faiblesse du yuan, qui, en dépit d’une légère remontée depuis trois mois, reste suffisamment bas pour soutenir le commerce extérieur chinois et l’ensemble de la croissance de l’Empire du milieu, qui devrait bien avoisiner les 7 % cette année, comme nous l’annonçons depuis un an. Une fois encore, pour soutenir l’économie mondiale, il n’y aura donc pas mieux que le moteur chinois…
L'humeur de la semaine - 21 juillet 2017
Depuis de nombreuses années, dans notre humble objectif d’améliorer la situation de l’économie française, nous n’avons cessé de proposer des mesures économiques, que nous présentions comme n’étant ni de droite, ni de gauche, mais simplement de bon sens. Grande a évidemment été notre satisfaction lorsqu’un candidat aux élections présidentielles françaises, devenu depuis Président de la République, a repris cette thématique. Et ce même si nous sommes toujours restés très circonspects sur la véracité de ce discours. D’ailleurs, depuis son accession au pouvoir, force est de constater que la mise en pratique de ce « ni-ni » s’avère particulièrement difficile. Et c’est précisément là que se trouve l’erreur de ce raisonnement. En effet, en voulant satisfaire tout le monde, à droite comme à gauche, on ne fait finalement rien de très significatif et on se retrouve dans le consensus mou. C’est ainsi que, depuis Lionel Jospin en 1998-2001 jusqu’à François Hollande, en passant par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, la France s’est engouffrée dans un « ni-ni » destructeur, c’est-à-dire dans un immobilisme maladif qui a eu pour principale conséquence de coincer l’économie française dans la croissance molle et le chômage élevé. Et, malheureusement, alors qu’il avait suscité un fort espoir de renouvellement, voire de révolution, chez certains, Emmanuel Macron est très vite rentré dans le moule du « ni-ni » et surtout du surplace. Le problème est qu’à force de ne vouloir froisser personne on finit par déplaire à tout le monde. Dans ce cadre, plutôt que de rester immobilisé dans le « ni-ni », il nous paraît beaucoup plus opportun de se lancer dans le « et-et », c’est-à-dire de prendre des mesures de droite et de gauche, c’est précisément le but de la « thérapie de choc bienveillante » que nous mettons en avant depuis quelques années. Nous avons simplement eu tort de la présenter sous l’angle du « ni-ni », qui revient finalement à ne rien faire. Elle doit, au contraire, être appréhendée dans la version plus courageuse du « et-et ». Il ne nous reste donc plus qu'à souhaiter que très vite, les dirigeants politiques français, mais aussi les citoyens, comprennent qu'il est désormais possible, voire indispensable, d'être à la fois de droite et de gauche, donc libéral et keynésien, de faires des réformes structurelles sur l'offre tout en soutenant la demande et en imposant une règle d'or : l'efficacité et la rationalité économiques doivent toujours primer sur les dogmatismes théoriques et idéologiques...
L'humeur de la semaine - 07 juillet 2017
L’être humain est ainsi fait que, face à l’incertitude, il cherche des repères pour essayer de voir un peu plus clair. Et ce, a fortiori lorsqu’il est économiste, dont, ne l’oublions pas, l’un des métiers est tout de même de faire des prévisions. Ainsi, c’est notamment dans ce but qu’en avril 2015, nous vous avions interpelé en identifiant un nouveau cycle de crise économique et financière de sept ans : premier choc pétrolier en 1973 qui allait marquer la fin des « Trente glorieuses », second choc pétrolier et récession mondiale en 1980, krach d’octobre 1987, krach obligataire de 1994, krach internet et attentats du 11 septembre en 2001, puis, en 2008, faillite de Lehman Brothers et crise mondiale digne de celle de 1929. Dans la continuité de ce nouveau cycle, nous vous alertions alors sur la forte probabilité d’une nette correction boursière en 2015, qui se produisit d’ailleurs avec une nouvelle crise grecque et surtout celle de la Chine. Pour autant, grâce au soutien des Etats eurolandais et de la BCE, la Grèce a pu, une nouvelle fois, panser (temporairement) ses plaies. De même, grâce à une relance de 1 000 milliards de dollars, puisés notamment sur ses réserves de changes, la Chine a pu éviter le fort ralentissement et même stabiliser sa croissance entre 6,7 % et 7 %. Dans la mesure où ces deux soutiens massifs de la Chine et de la BCE continuent d’agir, mais aussi de par la résorption apparente du risque populiste en Europe et notamment en France, qui semble même bénéficier d’une sorte d’état de grâce depuis l’élection d’Emmanuel Macron, il serait donc tentant d’imaginer que la France, l’Europe, le monde et les marchés financiers seraient désormais hors de danger. Encore mieux, selon certains, ils seraient sur le point d’entrer dans une ère d’euphorie durable. Seulement voilà, même si nous ne sommes pas des adeptes de la numérologie, un autre cycle, cette fois-ci de 10 ans, se rappelle à nous. Celui-ci a commencé avec le krach d’octobre 1987, s’est poursuivi avec la crise des pays émergents de 1997, puis celle des subprimes de 2007. Que va-t-il donc bien pouvoir se passer en 2017 ? Voici notre réponse...
Economic World - 03 juillet 2017
A force de l’avoir attendue en vain, on a fini par ne plus y croire, voire ne même plus y penser. Pourtant, en une dizaine jours, plusieurs publications statistiques sont venues bouleverser la donne : et si la reprise tant espérée en France et dans la zone euro depuis des années était finalement pour demain ? Ainsi, en juin, l’indice de sentiment économique, qui constitue l’un des meilleurs indicateurs avancés de la croissance eurolandaise a progressé de 1,9 point, ce qui porte à 7,6 points son augmentation au cours des dix derniers mois. Encore mieux, avec un niveau de 111,1, il atteint désormais un sommet depuis juillet 2007. Du côté français, comme nous l’avons vu la semaine dernière, l’indice INSEE du climat des affaires est beaucoup moins euphorique. Il y a cependant un indice INSEE qui s’annonce particulièrement flamboyant, en l’occurrence celui de la confiance des ménages. Cependant, avec un niveau exact de 6 612 700 personnes, le chômage toutes catégories a atteint un nouveau sommet historique en mai. De quoi souligner que la magie de « l’effet Macron » a aussi ses limites… Autrement dit, il reste difficile d’imaginer comment les ménages français peuvent être aussi optimistes aujourd’hui qu’en 2007, avec quasiment 3 millions de chômeurs de plus, une consommation fragile et un contexte sécuritaire anxiogène. De plus, au-delà de la situation des ménages, n’oublions pas que l’état des comptes publics est bien plus dégradé aujourd’hui qu’en 2007. D'ailleurs, l’INSEE vient de publier le niveau de la dette publique française au premier trimestre 2017. Et sans surprise, un nouveau record historique a été atteint : 2 209,6 milliards d’euros et 98,9 % du PIB. En conclusion, oui, nous aimerions croire au miracle du retour imminent de la croissance durablement forte en France et dans l’UEM, mais, en économie, les miracles n’existent pas…

L'humeur de la semaine - 30 juin 2017
Et c'est reparti pour un tour : alors que l'économie eurolandaise commence à peine à sortir la tête de l’eau, l'euro se remet à flamber. Et oui, après avoir sauvé la zone euro, notamment en menant une politique monétaire extrêmement accommodante et en suscitant une nette dépréciation de l’euro, Mario Draghi s’est désormais engagé fermement sur le chemin inverse. Il n’en a évidemment pas fallu beaucoup plus pour relancer l’euro à la hausse. Certes, pour le moment, ce dernier n’atteint « que » 1,14 dollar. Nous sommes donc toujours très loin des 1,30 et a fortiori des 1,50 qui avaient plongé la zone euro dans une récession durable. De plus, la remontée de l’euro peut apparaître bénéfique pour certains. Il s’agit, tout d’abord, des importateurs, qui bénéficient d’une réduction de la valeur des produits achetés en dehors de la zone euro, et notamment les matières premières et énergétiques. Plus globalement, la remontée de l’euro va réduire l’inflation importée et par là même soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Parallèlement, les touristes eurolandais qui quittent les frontières de l’UEM vont également pouvoir bénéficier d’un regain de pouvoir d’achat. Enfin, il en sera de même des expatriés payés en euro et vivant dans un pays hors UEM. Mais attention, ces petits avantages pourraient très vite s’avérer insignifiants au regard des inconvénients d’un euro trop fort. Rappelons la réalité empirique : à chaque fois que l'euro s'apprécie de 10 % sur une année, il retire 0,5 point à la croissance eurolandaise. Pire, au-delà des 1,30 dollar, ce coût avoisine les 0,8 point. En attendant, le mouvement spéculatif sur l'euro/dollar a encore de beaux jours devant lui. Dans ce cadre, l'euro devrait se stabiliser autour des 1,15 dollar, et même flamber vers les 1,20 dans les prochaines semaines. Il sera alors temps d'acheter du dollar, car, ensuite, compte tenu du rapide retour en arrière de la croissance eurolandaise, l'euro reviendra vers 1,05, voire 1,00 dollar...
Economic World - 26 juin 2017
L'humeur de la semaine - 23 juin 2017
Un vent d’euphorie semble souffler sur la zone euro et sur la France depuis quelques semaines. Selon certains prévisionnistes, notamment ceux des organes officiels que sont la Commission européenne et l’INSEE, l’UEM et la France auraient d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance forte, qui pourrait même avoisiner les 2,5 % dès 2018. A l’évidence, la réalisation d’une telle conjecture ne pourrait que nous faire plaisir. Seulement voilà : en économie, la magie n’existe pas. Autrement dit, pour pouvoir atteindre une croissance durable de 2,5 %, il faut un certain nombre d’ingrédients dont la France et la zone euro ne disposent pas pour le moment. Certes, la faiblesse des cours du pétrole et des matières premières au sens large, le caractère extrêmement accommodant de la politique de la BCE ou encore le maintien des taux d’intérêt obligataires sur des niveaux exagérément bas ont aidé et aideront encore la croissance économique. Pour autant, il s’agit là de conditions nécessaires mais pas suffisantes pour permettre à cette dernière d’atteindre 2,5 %. D’ailleurs, d’autres éléments conjoncturels agissent déjà à la baisse sur la dynamique économique : le ralentissement dans la plupart des pays émergents, Chine et Inde en tête, la remontée de l’euro, notamment face au dollar, ou encore les incertitudes géopolitiques internationales. Mais au-delà de ces évolutions conjoncturelles, certes non négligeables, le vrai handicap de la zone euro et plus particulièrement de la France, réside dans la faiblesse de leur croissance structurelle. Aussi, pour parvenir à ce niveau de 2,5 %, il faut engager de profondes réformes structurelles sur la fiscalité, le marché du travail ou encore le financement de l’économie, qui n’ont toujours pas été menées, en particulier en France. Autrement dit, ce ne sont pas quelques évolutions conjoncturelles favorables qui permettront de masquer les faiblesses structurelles de l’économie française. Dans ce cadre, nous sommes contraints de confirmer notre prévision d’une croissance française d’environ 1,3 % tant en 2017 qu’en 2018. Quant à l’atteinte durable des 2,5 %, elle ne sera possible qu’après la modernisation de l’économie française et donc, dans le meilleur des cas, pas avant 2020. Certes, mieux vaut tard que jamais. La question reste néanmoins de savoir si la population et les entreprises françaises auront la force d’attendre…
L'humeur de la semaine - 15 juin 2017
Après avoir été élu Président de la République française, Emmanuel Macron est donc sur le point de réaliser un raz-de-marée à l’Assemblée Nationale. Bravo ! Mais une question demeure : va-t-il engager la France dans une véritable « thérapie de choc bienveillante », dont elle a absolument besoin, ou alors va-t-il réaliser des réformettes et devenir ce que certains craignent encore, à savoir un « Hollande bis » ? En cas de besoin, nous lui rappelons ci-après qu’en dépit des apparences récentes, l’économie française reste au bord du gouffre et ne pourra pas supporter une nouvelle déception. Voilà donc les cinq catégories de mesures à prendre d’urgence pour (enfin !) sauver notre « douce France ». 1. Baisser la pression fiscale pour tous, les entreprises et les ménages, de façon claire. 2. Optimiser la dépense publique, notamment en réduisant les dépenses de fonctionnement. 3. Réduire le coût du travail, non pas évidemment en abaissant les salaires, mais en réduisant d’au moins 15 % les charges qui pèsent sur ces derniers. 4. Moderniser le marché du travail (cf. notre "Humeur" de la semaine dernière). 5. Favoriser le financement des entreprises et de l’innovation. Si, pour le moment, il ne s'agit là que d'un rêve, espérons que les nouveaux dirigeants du pays auront le courage d'engager la France sur la voie de la rédemption. Mais attention, notre thérapie de choc bienveillante doit être appliquée rapidement. En 2018, il sera effectivement trop tard. Et le pire deviendra inévitable.
Economic World - 12 juin 2017
Comme cela s’observe depuis quelques semaines, les statistiques relatives à la conjoncture internationale continuent de souffler le chaud et le froid. Aux Etats-Unis par exemple, les indices ISM des directeurs d’achat sont certes restés appréciables mais montrent que la croissance américaine demeure fragile. Dans l’industrie manufacturière, cet indicateur avancé de l’activité a atteint 54,9 en mai (contre 54,8 en avril). Dans les services, il a perdu 0,6 point sur un mois, à désormais 56,9. Piètre consolation pour « l’oncle Donald », la Chine commence également à ralentir. Ainsi, en mai, l’indice Caixin des directeurs d’achat dans l’industrie est repassé sous la barre des 50, une première depuis juin 2016. Avec un niveau de 49,6, il n’y a certes pas péril en la demeure, mais de quoi néanmoins conserver une certaine dose de prudence. En outre, après un net rebond début 2017, l’indice Nikkei des directeurs d’achat dans l’industrie a perdu 0,9 point en mai. Cependant, l’indice correspondant dans les services en a gagnés 2. De quoi confirmer que la croissance indienne devrait rebondir et se stabiliser autour des 7 % sur l’ensemble de l’année 2017. Plus globalement, il faut également noter qu’en mai, le nombre de pays connaissant une récession industrielle a augmenté à travers le globe, en l’occurrence neuf, contre cinq en avril. L’indice « Monde » a même perdu 0,1 point à 52,6. Un niveau toujours convenable, mais qui montre que la croissance mondiale sera bien proche de notre prévision, en l’occurrence 3,3 %.
L'humeur de la semaine - 08 juin 2017
A la lecture du « programme de travail pour rénover notre modèle social » diffusé le 6 juin par le gouvernement, une remarque s’impose : Emmanuel Macron est vraiment très fort. Et pour cause : il met sur la table une réforme historique du marché du travail français, tout en restant globalement flou, réussissant par là même à ne froisser personne, ce qui est évidemment de bon augure à quelques jours des élections législatives. Soyons clairs : ce projet est très loin d’être parfait. Il comprend notamment deux mesures dangereuses. D’une part, la hausse de la CSG, qui, selon nous, pèsera négativement sur la confiance et la consommation des ménages. D’autre part, l’indemnisation-chômage pour tous, y compris les démissionnaires. Ce qui est certes alléchant mais n’est absolument pas financé. Autrement dit, l’application de cette mesure creusera les déficits publics et suscitera forcément une remontée des taux d’intérêt des obligations d’Etat, freinant mécaniquement le peu de croissance qui se dessine pour les trimestres à venir. Pour autant, au-delà de ces deux bémols, certes conséquents, le mérite du nouveau Président français est d’oser enfin s’attaquer à l’un des grands handicaps de l’économie française, à savoir une rigidité et une complexité sans égal de son marché du travail. Pour l’illustrer, un simple fait vaut mieux que de longs discours : déjà épais de 2 600 pages en 2005, le code du travail français compte actuellement environ 3 500 pages, contre environ 100 pages en Suisse et 500 en Allemagne. Il est donc urgent d’engager une vraie réforme structurelle du marché du travail, qui, dans un monde idéal devrait, selon nous, passer par les mesures que nous présentons ci-après... Ambitieux ? Irréalistes ? Impraticables en France ? Peut-être. Le projet de l’actuel gouvernement en est d’ailleurs encore très loin. Mais rien n’est impossible. Alors, s'il vous plaît, Mesdames et Messieurs les nouveaux dirigeants du pays, cessez de faire comme vos prédécesseurs, en vous contentant de colmater les brèches et de faire du marketing. Ayez enfin le courage d'engager la France sur le chemin des réformes structurelles et de la modernité économique.
L'humeur de la semaine - 02 juin 2017
Enfin ! Plus de 25 ans après sa création, après avoir traversé de nombreuses crises financières et avoir même frôlé l’éclatement, la zone euro fait enfin l’objet de toutes les attentions de la Commission européenne, qui se dit prête à tout faire pour la sauver et relancer sa dynamique. C’est dans ce but qu’elle vient de présenter une petite liste de propositions destinées à faire oublier le gâchis de ces 25 dernières années. Car, ne l’oublions pas : l’Union Economique et Monétaire (UEM) et l’euro ont été créés pour concurrencer respectivement les Etats-Unis et le dollar. A la base, l’UEM devait ainsi devenir la zone de croissance la plus forte du monde développé et imposer l’euro comme monnaie internationale de réserves et de transactions. Or, vingt-cinq ans plus tard, force est de constater que c’est exactement le contraire qui s’est produit : sur le front des performances de croissance, la zone euro a effectivement été la lanterne rouge de la planète avec le Japon. Quant au dollar, en dépit d’une volatilité importante, son rôle de benchmark international est resté prédominant, avec pour nouveau challenger potentiel, non pas l’euro, mais le yuan. Cette absence d’efficacité économique rappelle un problème fondamental : la zone euro n’est pas terminée. En effet, cette dernière ne sera aboutie et donc crédible uniquement lorsqu’elle sera devenue ce que l’on appelle une zone monétaire optimale (ZMO), c’est-à-dire parfaitement unifiée à tous points de vue, comme par exemple les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis du Brésil ou encore l’Etat fédéral allemand. C’est d’ailleurs ce qui était prévu dans le traité de Maastricht, mais a été complètement oublié. Ne l’oublions jamais, la création de l’euro n’était qu’une étape visant à donner naissance à une union politique et fédérale. On peut être favorable ou opposé à cette dernière mais si on la refuse, il faut d’ores et déjà savoir que l’UEM finira par exploser, sortant donc de la crise de la dette par le bas, replongeant l’Europe dans un jeu non-coopératif et forcément destructeur. Après les récents dangers qui ont failli détruire la zone euro, il est donc urgent de ne plus se tromper...
L'humeur de la semaine - 26 mai 2017
Les marchés boursiers seraient-ils vraiment devenus insensibles ou alors complètement insensés ? En effet, pour la troisième fois consécutive, ces derniers sont restés impassibles face à la survenue d’un attentat dramatiquement meurtrier sur le territoire européen. Pire, ils ont même continué de progresser. Ainsi, le 16 novembre 2015 (premier jour de bourse après les attentats du 13 novembre 2015), le Cac 40 n'a baissé que de 0,1 % et le Dow Jones a progressé de 1,4 %. En cinq jours, le premier avait augmenté de 2,1 % et le second de 3,4 %. Bis repetita à la suite du drame du 14 juillet 2016 à Nice. Le 15 juillet, après avoir pourtant progressé de 7,3 % au cours des six jours précédents, le Cac 40 ne perd que 0,3 %. Au cours des huit jours suivants, il augmentera encore de 1,4 %. Quant au Dow Jones, il progressera de 1,2 % entre le 14 et le 20 juillet. Au lendemain du dramatique attentat de Manchester, un phénomène tout aussi dérangeant s’est produit : + 0,5 % pour le Cac 40, + 0,2 % pour le Dow Jones et seulement - 0,15 % pour le Footsie, qui a ensuite progressé de 0,4 % sur la journée du 24 mai. Comment peut-on expliquer de telles évolutions dans un tel contexte ? Un excès de volontarisme des investisseurs qui voudraient ainsi montrer aux terroristes et au monde qu'ils ne cèdent pas à la peur, faisant également preuve d’une résilience à toute épreuve ? Ou, au contraire, un manque de compassion des marchés, qui ne pensent qu'à leurs petits intérêts et à profiter de l'excès de liquidités ? Ou encore, les deux à la fois ? En fait, selon nous, cette progression des marchés boursiers en pleine psychose terroriste et alors que la croissance économique ne s’accélère plus à l’échelle de la planète et commence même à ralentir dans certains pays, notamment en Chine, montre simplement que la bulle boursière se poursuit et s'exacerbe. Dans ce cadre, le dégonflement de cette bulle dans les prochains mois n'en sera que plus brutal. Explications et prévisions...
Economic World - 22 mai 2017
Comme nous l’évoquions il y a quelques semaines, cela reste un des grands mystères de la conjoncture récente : En dépit de la bonne santé des indicateurs avancés (tels que les indices des directeurs d’achat ou ceux du climat des affaires), la croissance est restée molle dans le monde développé. Eurostat vient ainsi de confirmer que le PIB de la zone euro a progressé de 0,5 % au premier trimestre 2017, entraînant une baisse de 0,1 point de son glissement annuel à 1,7 %. C’est certes correct, mais loin des 2,5 % que laissaient anticiper les indicateurs avancés. C’est évidemment toujours mieux que le petit 0,8 % de la France, qui accuse ainsi une diminution de 0,4 point sur un trimestre. Ce qui constitue la plus forte baisse au sein de la zone euro. Pour un pays où tout va mieux, cela est un peu problématique. Même en Italie, où un décrochage similaire s’est observé, le glissement annuel du PIB n’a perdu « que » 0,2 point à 0,85 % précisément. Encore plus grave et sans surprise, la Grèce est retombée en récession, confirmant que les perfusions permanentes de la zone euro ont été incapables de sortir la Grèce de l’ornière. Pour ceux qui croient que la crise grecque est terminée, ils feraient mieux de méditer cette triste réalité, qui risque d’ailleurs de se détériorer davantage avec la récente remontée de l’euro. Une détérioration qui ne manquera pas de toucher les autres pays de l’UEM et notamment la France qui, juste après la Grèce, est le pays qui affiche le plus mauvais résultat de la zone euro au premier trimestre. Mais chut ! Puisqu’on vous dit que tout va bien et que tout va aller de mieux en mieux...
L'humeur de la semaine - 18 mai 2017
On m'accuse parfois d'excès de pessimisme. Dernièrement, un investisseur m’a même qualifié de « cygne noir ». Même si je suis aguerri face aux critiques, je dois avouer que je ne suis pas insensible à ce type de jugement, pour la simple raison que je suis tout sauf pessimiste. En fait, bien loin de ce vrai défaut, je suis un optimiste acharné. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en dépit des déboires de l'économie française et du manque de courage des dirigeants hexagonaux depuis des années, je continue de préconiser, notamment dans mes deux derniers livres « Guérir la France La thérapie de choc » et « La fin d'un monde », des recettes pour sortir notre « douce France » de l'ornière économique et sociétale. Pour autant, si je refuse de céder au pessimisme maladif et au « déclinisme », je me dois et nous nous devons collectivement d'être réalistes. C'est dans ce cadre que je m'impose de dire la vérité et d'analyser les chiffres de l'économie française et l’évolution des marchés financiers avec honnêteté et impartialité. Autrement dit, j’ai toujours refusé de devenir un pessimiste invétéré et d’être considéré comme tel. En revanche, quelles que soient les pressions, je continue et continuerai de dire la vérité. Ainsi, en dépit de l’euphorie ambiante qui voudrait que la France va très vite retrouver la croissance forte et que les marchés boursiers vont encore flamber, je dois vous mettre en garde contre la forte probabilité de déceptions face à ces espoirs. Et ce d'autant que les risques extra-économiques sont nombreux : dangers géopolitiques et militaires, notamment en Corée du Nord et au Moyen-Orient, menace de destitution du Président Trump, risques d'attentats et de désordres sociaux un peu partout en Europe, sans oublier les sempiternelles crises grecques, mais aussi les risques bancaires en Chine et à travers le monde, qui sont, pour l’instant enfouis dans l’inconscient collectif mais qui demeurent incandescents. Dans ce cadre, je maintiens ma prévision d’une baisse d’au moins 15 % des grands indices boursiers dans les six prochains mois, avec une croissance économique d’au mieux 3,3 % pour la planète et d’environ 1 % pour la France. Croyez-moi, j'aimerais vraiment annoncer de meilleures nouvelles pour l'économie française et pour l’avenir des marchés financiers, mais je ne suis pas magicien. Je me contente simplement de dire la vérité et d'établir mes prévisions sur la base de la réalité économique...
Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.