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L'humeur de la semaine - 04 juillet 2008
« Pourquoi a-t-on créé les économistes ? Pour que les météorologues ne soient pas les seuls à se tromper ». Au-delà de cette boutade bien connue (qui rappelle néanmoins que les économistes doivent avant tout faire des prévisions et pas seulement se résoudre à décrire le passé, tout en étant constamment habités par un esprit d’humilité), il y a depuis quelques années une nouvelle similitude entre ces deux professions.
En effet, depuis le réchauffement climatique et surtout depuis la canicule de 2003, au début de chaque période estivale, tant les météorologues que les économistes, prévisionnistes et autres devins en tous genres nous annoncent que l’été sera chaud. Et sur ce point, il faut reconnaître que les seconds se sont un peu moins trompés que les premiers. Car, si, climatiquement, les derniers étés ont été plutôt frais, en économie et sur les marchés financiers au sens large, les étés ont été de plus en plus caniculaires.
La question est alors de savoir si, au cours de l’été 2008, un nouveau cran sur l’échelle de la panique et de la défiance sera atteint. Il faut reconnaître que tous les ingrédients pour y parvenir sont là.
Autrement dit, il est clair que les « bearish » ont de quoi passer un été formidable. Pourtant, ne l’oublions pas, le pire n’est jamais certain et de l’obscurité actuelle pourrait bien naître la lumière. Evidemment nous ne sommes pas devins et nous ne nous aventurerons pas à des spéculations sur l’activité cyclonique, sur l’occurrence de frappes militaires en Iran ou encore sur l’organisation d’attentats pendant les JO de Pékin.
En revanche, nous avons la possibilité et surtout le devoir d’annoncer quelques dates phares qui marqueront inévitablement cet été 2008 d’un point de vue économique et financier. En fait, il y en aura deux...
L'humeur de la semaine - 27 juin 2008
A l’évidence, la France n’a vraiment pas brillé sur la scène européenne au cours du premier semestre 2008 : perte d’une place dans le classement de la croissance européenne, désormais juste derrière le Portugal et juste devant l’Italie qui s’enracine à la dernière place ; dégradation des relations franco-allemandes, par manque d’engagement clair de l’Hexagone en matière de réformes de la dépense publique ; et enfin élimination dès le premier tour de l’Euro 2008 en n’ayant marqué que deux buts, dont un contre son camp…
Mais, c’est promis, du moins au dire de nos dirigeants politiques, tout ceci n’est que de l’histoire ancienne, car la France va nettement se rattraper lors du second semestre au cours duquel elle assurera (pour la douzième fois de son histoire) la Présidence de l’Union européenne. En effet, et comme d’habitude, les promesses françaises sont ambitieuses : canalisation positive de l’immigration, politique active de l’environnement, réforme des Institutions européennes, redéfinition de la stratégie de défense, refonte de la politique agricole commune… Malheureusement, et comme d’habitude également, toutes ces promesses risquent de rester bien loin de la réalité.
Pour nous consoler, nous pourrons toujours admirer la Tour Eiffel qui, pour fêter la Présidence européenne de la France, sera illuminée en bleu. C’est d’ailleurs certainement LA mesure française que retiendront le plus les Européens au cours des six prochains mois.
L’apport principal de la France à la construction européenne ne sera donc ni dans l’économie ni dans le politique, mais dans le bling bling. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a…
L'humeur de la semaine - 20 juin 2008
A force d’avoir été annoncée presque partout et notamment par de nombreux « spécialistes très éminents », la récession risque bien de faire son grand retour. Cependant, alors qu’une large majorité de prévisionnistes l’attendait aux Etats-Unis (elle devait même être la plus grave depuis l’après-guerre), c’est finalement en Europe que la probabilité du retour de la récession est la plus forte.
Certes, l’Oncle Sam n’est pas encore complètement sorti d’affaire. Ainsi, la nouvelle baisse de la production industrielle et des mises en chantier en mai confirme que la croissance restera très molle au deuxième trimestre. Néanmoins, le scénario de forte baisse du PIB américain pendant au moins deux trimestres s’est considérablement éloigné.
C’est du moins ce qu’a dernièrement indiqué la remontée des indices ISM des directeurs d’achat dans l’industrie et les services, mais aussi la relance des ventes au détail. Dans ces conditions, après avoir avoisiné les 1,8 % cette année, la croissance américaine devrait retrouver son niveau structurel dès 2009, en l’occurrence autour de 3 %.
En Europe malheureusement, la situation est toute autre. Evidemment, partant d’une croissance structurelle d’environ 1,8 %, il est mécaniquement difficile de faire des étincelles et d’atteindre les 3 % de croissance. Mais surtout, après avoir atteint 2,7 % l’an passé, en particulier grâce à l’économie allemande, il est désormais temps de repasser sous les 2 %, voire sous les 1 % à l’horizon du début 2009.
En effet, dans la mesure où rien n’est fait pour tenter de redresser la barre, il n’y a aucune raison qu’une reprise se produise. Autrement dit, alors que les Etats-Unis continuent de bénéficier de toutes les armes de politique économique (baisse des taux monétaires, assouplissements fiscaux et dollar faible), la zone euro n’en dispose d’aucune, voire les utilise contre elle.
L'humeur de la semaine - 13 juin 2008
Remontée des taux de la BCE en juillet, certainement à l’automne pour la Réserve fédérale, américaine, retour des rumeurs sur l’Iran, risque de nouvelle flambée des cours du pétrole, craintes de nouvelles dévalorisations d’actifs pour les banques américaines et européennes, relance de la crise du crédit, notamment via les cartes bancaires, puis assèchement de la consommation, notamment outre-Atlantique, menaces terroristes prises très au sérieux par les autorités chinoises à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin…
Et pour couronner le tout, nous sommes vendredi 13…
A l’évidence, cet été 2008 s’annonce très mal. Après une belle remontée en mai, les marchés boursiers ont d’ailleurs retrouvé le chemin de la baisse, alimentant le moulin des bearish (« baissiers ») et donnant envie aux rares optimistes esseulés de jeter l’éponge.
Ce n'est pourtant pas ce que nous ferons. Nous préférons au contraire souligner que les prémices du rebond sont déjà présents tant sur les marchés financiers que sur l’économie américaine. En effet, avant même que les Américains aient reçus majoritairement leur chèque de crédit d’impôts, les ventes au détail ont déjà bondi de 1 % en mai, et ce après avoir également augmenté de 0,5 % en mars et 0,4 % en avril. Les mauvaises langues diront que l’augmentation du prix de l’essence a mécaniquement gonflé ce chiffre. Pourtant, hors consommation d’essence, les ventes au détail augmentent tout de même de 0,8 % !
Autrement dit, le scénario d’une baisse durable du PIB américain qui était majoritairement annoncé il y a peu a bien fini par fondre comme neige au soleil. Histoire de rappeler que les Cassandres n’ont pas toujours raison. Ainsi, après avoir atteint au moins 1,8 % cette année (contre rappelons-le, 0,5 % annoncé il y a peu par le FMI), la croissance américaine devrait bien retrouver son niveau potentiel à l’horizon 2009, en l’occurrence 3 %.
L'humeur de la semaine - 06 juin 2008
Après plus de quinze ans d’absence sur les podiums des craintes économiques mondiales, l’inflation a fait dernièrement son grand retour.
Selon certains, bien souvent ceux qui écrivaient il y a peu que l’inflation était définitivement vaincue, nous serions même à la veille d’un mouvement international d’hyperinflation. Leur raisonnement apparaît imparable. La faible inflation observée de 1993 à 2007 était principalement due à la faiblesse des cours du baril et des matières premières au sens large ainsi qu’à la désinflation importée liée aux faibles coûts de la main-d’œuvre des pays émergents. Dès lors, à présent que le pétrole et les autres « commodities » flambent, mais aussi que les salaires dans les pays émergents commencent à augmenter, le cercle vertueux de la faible inflation des années 90 va laisser place à la spirale infernale de l’inflation galopante qui ne ferait donc que commencer. Forts des derniers chiffres d’inflation dans la zone euro, aux Etats-Unis et dans de nombreux pays émergents, certains n’hésitent plus à parler de fléau inflationniste durable tout en félicitant chaudement Jean-Claude Trichet qui aurait donc été le seul à anticiper ce mouvement.
Au-delà de la satisfaction de savoir que le meilleur économiste du monde est un Français, cette théorie très à la mode du retour de l’hyperinflation nous paraît cependant excessive. Et ce, pour au moins quatre raisons que nous explicitons ci-après.
Aussi, ne nous trompons donc pas d’ennemi : le fléau qui nous menace le plus aujourd’hui ne réside pas dans l’inflation mais dans la faiblesse de la croissance et de l’emploi.
L'humeur de la semaine - 30 mai 2008
A chaud - 28 mai 2008
A chaud - 27 mai 2008
L'humeur de la semaine - 23 mai 2008
C’est certainement LA révolution économique (du moins en apparence) de l’actuelle législature, à savoir l’interdiction constitutionnelle du déficit budgétaire en France. Malheureusement, et comme souvent dans l’histoire économico-politique française, cette révolution n’est qu’apparente et relève plus de la communication politique que de la crédibilité économique. Tout d’abord, si elle votée, cette réforme ne s’appliquera qu’à l’horizon 2012. D’ores et déjà, il est donc clair que les dirigeants actuels du pays n’auront pas à gérer cette « révolution » apparente, à moins qu’ils soient tous reconduits au pouvoir en 2012. En outre, au-delà du choc des mots, la réalité de cette annonce est beaucoup moins percutante qu’on pourrait le penser.
Enfin, avant de se fixer un objectif ambitieux, il faut s’en donner les moyens. Et, à l’instar des politiques pratiquées depuis vingt cinq ans dans l’Hexagone, ce n’est certainement pas les mesures de colmatages de brèches annoncées dernièrement qui permettront d’atteindre l’équilibre budgétaire. Pour y parvenir, il faut au contraire agir en amont des déficits, c’est-à-dire au niveau du fonctionnement des administrations publiques. Et ce, notamment, en introduisant des règles d’efficacité économique qui font qu’une dépense n’est engagée que si son efficacité économique et/ou sociale est prouvée. En outre, cette révolution doit également passer par un système de péréquation des dépenses qui permettrait de réallouer les fonds d’une administration en excédent vers une administration en déficit plutôt que de forcer la première à dépenser des fonds dont elle n’a plus besoin et à condition que ces sommes soit réallouées de façon efficace. Autrement dit, il suffirait d’introduire simplement un peu de bon sens et d’optimisation des dépenses dans les administrations publiques pour que ces dernières atteignent rapidement et durablement l’équilibre.
L'humeur de la semaine - 16 mai 2008
Il faut le reconnaître, nous n’avions pas anticipé que la croissance du PIB français atteindrait 0,6 % au premier trimestre 2008. Notre prévision d’une augmentation de seulement 0,3 % n’a donc pas été validée. Et le fait que le consensus prévoyait également une croissance faible à 0,4 % n’est évidemment pas suffisant pour nous réconforter. En fait, face à ce décalage, deux types de comportement sont possibles. Soit celui du profil bas et du retournement de veste, via une révision fortement haussière de notre prévision de croissance pour 2008 ; soit celui de la franchise qui nous impose de souligner que les comptes nationaux du premier trimestre nous paraissent mystérieux et nous amènent à appeler à la prudence : Non ! Madame Lagarde, ne criez pas victoire trop vite.
Certes, à l’instar de la mauvaise fois de certains prévisionnistes qui, n’ayant pas anticipé la résistance de la croissance américaine au cours des derniers trimestres, ont annoncé que les chiffres étaient faux, nous pourrions également apparaître mauvais perdants.

Pourtant, tel n’est pas notre cas. En effet, nous n’avons d’autres choix que d’accepter les chiffres de l’INSEE et de les considérer comme vrais. Néanmoins, il est également de notre devoir de souligner certaines anomalies dans les comptes nationaux français du premier trimestre.
Voilà pourquoi nous sommes malheureusement contraints de maintenir notre scénario d’une croissance molle, c’est-à-dire inférieure à 1,8 % cette année et d’un taux de chômage qui continuera d’augmenter au cours des prochains trimestres. Après la magie des comptes nationaux du premier trimestre, il faudra donc bien redescendre sur terre…
L'humeur de la semaine - 09 mai 2008
Ce dicton populaire bien connu a rarement été aussi juste qu’en ce mois de mai 2008. Non parce qu’il correspond au quarantième anniversaire de mai 68. Non parce que le printemps semble enfin arriver dans le ciel hexagonale. Non parce que les investisseurs boursiers semblent également retrouver quelque espoir. Mais surtout parce que le nombre de jours travaillés risque d’être l’un des plus faibles de l’histoire française récente.
Il s’agit d’ailleurs peut-être là d’un aperçu de ce qui attend l’économie française à l’horizon des quinze prochaines années. A savoir, de moins en moins d’industrie, de services aux entreprises, de recherche de pointe et aussi de moins en moins de travail. «En échange », la France aura droit à de plus en plus de loisirs, de tourisme, de services à la personne… Bref, la France deviendra un géant Disneyland où le mois de mai durera toute l’année.
Peut-être idyllique pour certains, il faut néanmoins savoir que moins un pays travaille, moins son PIB augmente et plus le pouvoir d’achat se dégrade. Au cours des vingt dernières années, la France est d’ailleurs l’un des seuls pays au monde où le volume d’heures travaillées a baissé (- 8 %). Or, sur la même période, ce dernier agrégat a augmenté de 42 % aux Etats-Unis. Coïncidence qui n’en est pas une, toujours sur ces vingt années, l’écart de croissance entre la France et les Etats-Unis atteint 50 % (de moins pour nous bien entendu), soit le même écart que celui observé en matière de volume d’heures travaillées.
Nous retrouvons là l’une des règles de base de l’économie et plus globalement de la vie : on n’a que ce que l’on mérite. Mais comme le dit la chanson : chacun fait ce qui lui plaît, surtout au mois de mai…
L'humeur de la semaine - 02 mai 2008
L'humeur de la semaine - 16 avril 2008
Lors du sommet économique et financier du G7 dernier, une surprise de taille s’est produite : pour l’une des rares fois depuis le début des années 90, les dirigeants économiques et monétaires des soi-disant sept pays les plus riches de la planète ont osé l’impensable : rédiger un communiqué officiel faisant état de leur inquiétude quant à l’évolution excessive des devises internationales…
Dans un premier temps, les marchés des changes ont réagi positivement en stoppant la nouvelle tendance baissière de l’euro/dollar. En deux jours, ce dernier est ainsi passé de 1,59 dollar pour un euro à 1,57.
Malheureusement, cette accalmie n’a été que de courte durée. En effet, les membres du G7 ont beau essayer de sauver les apparences, leur impuissance est criante. Et pour cause : tant que la BCE ne baissera pas ses taux, les marchés auront des raisons objectives de spéculer à la hausse sur l’euro, et ce tant contre le dollar mais aussi dernièrement contre la livre sterling.
Cette situation ne fait d’ailleurs que refléter la triste réalité entre une Réserve fédérale et une Banque d’Angleterre qui réagissent et essaient d’éviter le pire et une BCE qui refuse toujours de voir le ralentissement de la zone euro, ignore les risques qui pèsent sur les banques eurolandaises et, par là même, sur la stabilité financière et l’activité économique.
Plus globalement, il est malheureusement clair qu’à l’instar du FMI, le G7 ne représente plus grand chose et n’a surtout plus beaucoup de moyens d’action. Il n’est finalement que l’un des derniers avatars d’anciennes puissances, désormais en déclin, qui n’arrivent même pas à se mettre d’accord pour éviter de sombrer dans la récession, au grand dam des marchés et dans un contexte où les pays émergents continuent sur leur lancée.
L'humeur de la semaine - 04 avril 2008
A l’instar de la spéculation qui fait partie intégrante de la vie des marchés financiers, les phénomènes de bulles et réciproquement de krach sont inévitables. Ils correspondent simplement au fait que la vie économique et financière est incertaine et que les investisseurs sont mus par ce que Keynes appelait les animal spirits, c’est-à-dire les instincts animaux qui font que, dans le doute, le mimétisme est préféré à la rationalité économique.
Vouloir lutter contre les bulles serait donc par définition voué à l’échec, à moins de vouloir fermer les marchés financiers. Dans la mesure où ce dernier cas de figure paraît peu probable et surtout peu souhaitable, le travail des économistes et analystes consiste alors à identifier ces bulles et, autant que faire se peut, à essayer de prévoir leur dégonflement et le cas échéant l’ampleur et la brutalité de ce dernier.
En fait, sans remonter à la bulle de la tulipe hollandaise du 17ème siècle, il est possible d’observer que, généralement, les bulles s’enchaînent les unes aux autres, avec plus ou moins de conséquences néfastes. Ainsi, à la bulle immobilière américaine de la fin des années 80 et du début des années 90 a succédé la bulle des pays émergents qui a très vite éclaté pour donner ensuite naissance à la bulle internet, qui a, elle-même, été suivie par une nouvelle bulle immobilière qui est donc en train de se dégonfler depuis 2006, ce qui a immédiatement donné naissance à une autre bulle sur les matières premières...
L'humeur de la semaine - 07 mars 2008
Comme nous l’évoquions il y a deux semaines dans cette même rubrique, il est de plus en plus difficile de garder espoir quant à l’évolution de la croissance mondiale et des marchés boursiers internationaux. Au fil des jours, les bataillons de « bearish » se garnissent et les résistants à ce pessimisme généralisé se font de plus en plus rares.
Néanmoins, quitte à rester, comme en 2002-2003, parmi les derniers résistants au pessimisme noir, nous préférons plutôt regarder plus loin, c’est-à-dire vers le second semestre 2008 et a fortiori la fin d’année. Car, à partir de mai-juin prochains, l’économie américaine commencera à bénéficier du policy mix accommodant et par là même à rebondir. Dès lors, les investisseurs se ressaisiront et reprendront le sens des réalités et des responsabilités, en délaissant les stratégies court-termistes et la spéculation sur les marchés de matières premières pour retrouver leur rôle, à savoir le financement de l’économie. De quoi relancer l’économie américaine et les marchés dès l’été prochain, mouvement qui s’amplifiera en fin d’année.
C’est pourquoi, plutôt que d’annoncer un scénario catastrophe évidemment possible mais loin d’être certain, nous anticipons que la fin 2008 nous permettra de retrouver l’espoir et par là même de nous détendre. Nous pourrons alors dire que la fin des temps aura donc bien été évitée en 2008 et qualifier plutôt cette année par trois autres mots : la fin détend…
L'humeur de la semaine - 29 février 2008
C’est fait ! Après quelques semaines de repli et de répit, les marchés ont finalement réussi à atteindre un de leurs objectifs tant attendus depuis des mois, en l’occurrence le franchissement de la barre des 1,50 dollar : il faut donc désormais « débourser » 1,52 dollar pour se procurer un euro.
Une fois de plus, les stratégies chartistes, spéculatives et court-termistes ont pris le dessus sur les fondamentaux économiques. En effet, peu importe que le niveau économique justifié de l’euro soit de 1,05 dollar selon la parité des pouvoirs d’achat. Peu importe que celui obtenu par le calcul du Natrex (Natural Exchange Rate, c’est-à-dire le niveau d’équilibre au regard des différences de soldes des comptes courants, d’épargne et de croissance entre les Etats-Unis et la zone euro) soit compris entre 1,15 et 1,20 dollar. Peu importe également que, sur les trente dernières années, le niveau moyen de l’euro/dollar soit de 1,13. Peu importe enfin que cet euro excessivement cher et, réciproquement, ce dollar de combat accentuent le ralentissement eurolandais et permettent à l’économie américaine de redémarrer encore plus fort. Et ce, sachant que cette dernière dispose déjà des soutiens majeurs du fort assouplissement monétaire de la Fed et d’une relance fiscale de plus de 160 milliards de dollars, alors que l’Euroland ne peut compter que sur les exportations allemandes pour éviter un écroulement massif.
Non, tout ça n’est rien à côté de la volonté des marchés, ou plutôt de leur manque de discernement économique...
L'humeur de la semaine - 22 février 2008
Noir c’est noir ! Qu’ils soient Français, Américains, Européens, la plupart des investisseurs, gérants, économistes, analystes et autres acteurs des marchés apparaissent unanimes : 2008 sera une année de récession, de crise bancaire, de déprime boursière, voire pour certains de dépression au moins aussi forte qu’après le krach de 1929. Bref, à les entendre, il n’y a qu’une chose à faire : prendre neuf mois de vacances et revenir en 2009 quant tout ira mieux…
Ce qui est particulièrement intéressant réside dans le fait qu’il y a un peu plus d’un an, ce même consensus annonçait que tout allait bien et que nous étions proches de la surchauffe : la croissance devait rester forte, les banques étaient solidement ancrées sur le chemin des forts profits et les prix immobiliers n’avaient aucune raison de baisser… Ce qui était donc encensé hier se retrouve brûlé aujourd’hui. Pis, tout est prétexte à pessimisme et les bonnes nouvelles, certes très relatives dans le sombre contexte actuel, sont occultées.
Bien entendu, il serait absurde de se voiler la face et de pas prendre la mesure des dangers qui menacent la planète économique mondiale.
De là à imaginer que le système capitaliste va s’écrouler et que nous sommes à la veille d’une profonde dépression, il y a néanmoins un grand pas, que nous refusons de faire. Non par volonté d’optimisme obstiné, mais simplement par souci de réalisme et pour ne pas tomber dans le panurgisme habituel qui fait, il est vrai, le charme des marchés…