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Si certains Français osaient encore ne pas y croire, c'est désormais une certitude : après 2012, quelle que soit l'issue des élections présidentielles, la France se lancera dans une phase d'augmentation de sa pression fiscale. Dans la mesure où cette dernière est d'ores et déjà l'une des plus élevées du monde, il est de notre devoir, en tant qu'économistes indépendants, de souligner que cette perspective constitue un important danger pour l'avenir de notre « douce France ». En effet, depuis une vingtaine d'années, les différents gouvernements français ont apporté la même réponse à l'ensemble des problèmes économiques hexagonaux : une augmentation conjointe des dépenses publiques et de la pression fiscale. Avec pour principaux résultats : moins de croissance, moins d'emploi et plus de pauvreté. Est-ce cela que nous souhaitons proposer à nos enfants ? Alors Mesdames et Messieurs les dirigeants politiques, tous bords confondus, il serait donc grand temps d'arrêter la démagogie, l'irresponsabilité économique et le manque de courage politique. La France est proche du point de non-retour, il est indispensable de réagir avant qu'il ne soit trop tard.
Comme chaque année, la rentrée de septembre suscite toutes les inquiétudes. Ainsi, après le « break » de l'été, c'est traditionnellement le moment de remettre les pendules à l'heure et peut-être aussi de se remettre en question. Chacun s'interroge sur son avenir personnel et professionnel, mais aussi sur celui de l'environnement économico-financier. Face à ces inconnues, deux comportements sont possibles : soit l'enthousiasme du renouveau, soit la crainte d'un avenir difficile. Depuis trois ans et le début de la crise, il faut malheureusement reconnaître que c'est plutôt le second sentiment qui prédomine. Et ce, tant pour les Etats que pour les marchés, les entreprises ou encore les particuliers. Cette année se situe peut-être encore un degré au-dessus sur l'échelle des inquiétudes, dans la mesure où après quasiment trois années de vaches maigres, les acteurs économiques de la planète se sont mis à croire à la reprise. Dès lors, une nouvelle déception pourrait replonger le monde économico-financier dans un accès de pessimisme auto-entretenu duquel il sera particulièrement difficile de sortir. Cependant, après une rentrée chaude et difficile un peu partout à travers le monde tant sur le plan économique et financier que d'un point de vue social (notamment en France), l'automne et la fin 2010 devraient plutôt nous réserver de bonnes surprises...
Depuis la publication des premières estimations de croissance pour le deuxième trimestre des deux côtés du Rhin, le débat fait rage : et si l'Allemagne était tout simplement en train de reprendre sa place de champion économique européen, loin devant ses partenaires de la zone euro, et en particulier de la France ? Certes, au sortir du deuxième trimestre 2010, les PIB allemand et français restent tous deux inférieurs à leur niveau d'avant crise, mais dans une proportion quasiment identique : respectivement - 2,7 % et - 2,2 %. Autrement dit, si le gouvernement français a souvent défendu au cours des derniers trimestres que sa politique de soutien à l'activité a été meilleure qu'en Allemagne, ce n'est désormais plus le cas. Et c'est là que le bât blesse, car, pour parvenir au même résultat, la France a continué d'augmenter massivement ses dépenses publiques, tandis que l'Allemagne a continué de se serrer la ceinture. Ainsi, en 2009, les dépenses publiques représentaient 47,6 % du PIB outre-Rhin, contre 55,6 % dans l'Hexagone. En d'autres termes, la France a déjà utilisé toutes ses cartouches, alors que l'Allemagne a su faire preuve de parcimonie de manière à mieux profiter de la reprise. Dès lors, si la France continue de refuser la réalité en appliquant les vaines recettes d'augmentation des dépenses publiques, d'inefficacité de la pression fiscale et de rigidités réglementaires prohibitives, les écarts économiques vont encore se creuser. Avec des conséquences dramatiques tant pour la France que pour la viabilité de la zone euro...
Dans la torpeur de l'été maussade, l'augmentation de 0,6 % du PIB français au deuxième trimestre a vraisemblablement de quoi redonner le sourire. Madame Lagarde parle même d'une croissance « magnifique ». Une fois encore, elle remplit donc parfaitement son rôle d'ambassadrice de la bonne santé économique française, en vraie championne du marketing, et comme elle le fait avec le sourire, on ne peut pas l'en blâmer. Pour autant, même si nous sommes loin de sombrer dans le pessimisme invétéré (nous étions d'ailleurs parmi les rares à annoncer il y a plus d'un an la petite reprise de l'économie française et européenne pour la fin 2009 et le début 2010), il est également de notre devoir de dire la vérité et, dans le cas présent, de souligner la fragilité de la reprise française. Certes, le rebond du deuxième trimestre constitue une « bonne nouvelle ». Cependant, à l'instar du ciel parisien qui ne laisse percer le soleil que quelques minutes par jour pour finalement se laisser envahir par les nuages, les bonnes nouvelles des comptes nationaux du deuxième trimestre s'arrêtent là. Faute de grives on mange des merles…
Lorsqu'il y a environ deux-trois ans, nous évoquions la possibilité d'une dette publique équivalente à 80 % du PIB à l'horizon 2015, on nous répondait généralement : « Mais non ! Vous qui êtes habituellement plutôt optimiste, là vous sombrez dans le pessimisme ! ». Et pourtant ! Cinq ans avant l'échéance de notre prévision qui paraissait excessive il y a peu, la barre fatidique des 80 % est déjà franchie. Ainsi, au premier trimestre 2010, la dette publique française a atteint 1 535,5 milliards d'euros, soit 80,3 % du PIB. Et s'il est souvent tentant de « faire porter le chapeau » de ce dérapage aux collectivités locales et aux assurances sociales, il ne faut pas oublier que 78,5 % de cette dette publique (en l'occurrence 1 206 milliards d'euros au premier trimestre 2010) est du seul ressort de l'Etat. Espérons donc que les dirigeants du pays sauront être responsables en réduisant massivement les dépenses de fonctionnement de l'administration publique, qui ont tout de même augmenté de 87 milliards d'euros depuis 2002, soit un peu plus que quelques cigares et déplacements en avion privé… Ils devront également repenser complètement la pression fiscale et réduire les freins réglementaires, de manière à assurer une croissance durablement plus forte. Le chemin est donc connu, reste à savoir si l'électrochoc d'une dette publique à plus de 80 % du PIB sera suffisant pour inciter la France à l'emprunter.
Décidément, la peur reste accrochée aux marchés comme une arapède à un rocher. Certes, compte tenu de l'ampleur de la crise économico-financière de 2007-2009, cette psychose peut se comprendre. Pourtant, depuis le printemps 2009, puis le redémarrage de l'économie mondiale, non-anticipé par 90 % des économistes à travers la planète, l'espoir était revenu. L'évitement du scénario catastrophe tant annoncé et le retour en grâce de la croissance avaient alors permis aux principaux indices boursiers internationaux de gagner environ 50 % en neuf mois. Si bien que les Cassandre et autres Bearish avaient quasiment disparu de la circulation. Malheureusement, la crise grecque, puis son dérapage incontrôlé et enfin sa transformation en une « crise existentielle » de la zone euro ont relancé la vague de terreur à travers la planète. Dès lors, toute statistique inférieure aux attentes, la moindre tension géopolitique, ou encore les déclarations décalées des dirigeants internationaux (et elles sont ô combien nombreuses) sont montées en épingle et utilisées pour justifier un mouvement de baisse des marchés boursiers. La semaine écoulée constitue un exemple éloquent de cette fragilité aggravée. Révision d'une statistique sur la Chine sans aucune valeur prédictive, confiance des ménages en baisse aux Etats-Unis et craintes sur les conditions de refinancement des banques de la zone euro. Pourtant, en dépit de leur facilité à se faire peur, les marchés boursiers devraient rester sur une tendance haussière au moins jusqu'en 2012. Cependant, ils resteront fragiles et volatils, car, pour limiter leur progression, les Cassandre pourront toujours compter sur des alliés indéfectibles, en l'occurrence les « dirigeants » politiques et monétaires de la zone euro...
Il y a quelques semaines nous écrivions ici même une Humeur intitulée « Vivement la Coupe du Monde ». Nous étions alors en pleine crise existentielle de la zone euro (qui n'est d'ailleurs toujours pas terminée) et nous expliquions que le Mondial de football tomberait à pic pour rafraichir les idées et réduire, au moins temporairement, la pression qui sévissait sur les pays eurolandais et plus globalement sur les marchés. Malheureusement, si le Mondial a bien commencé et a bien apaisé les esprits dans un premier temps, nous étions loin d'imaginer que cette Coupe du Monde de football ne serait finalement que le reflet de la situation économique mondiale. Autrement dit, la crise est partout, même dans le foot. Ainsi, alors qu'il est généralement le théâtre d'un beau spectacle, avec de nombreux buts, des stratégies offensives et des joueurs survoltés qui « mouillent le maillot », le Mondial 2010 est pour l'instant une succession de matchs plutôt fades, avec peu de buts et peu d'enthousiasme. Bref, il est exactement à l'image de la croissance, particulièrement en Europe, c'est-à-dire molle. C'est certainement là que réside le drame de ce Mondial : alors qu'il devait nous divertir, il nous rappelle cruellement la réalité économique mondiale : une croissance forte dans le monde émergent, une résistance américaine à toute épreuve, une zone euro en déliquescence et une France qui perd. Quelle tristesse…
Après vingt ans de tergiversations, d'occasions manquées et de réformes avortées, la France a enfin décidé de regarder la réalité en face en matière de financement des retraites. Du moins en apparence. Ainsi, d'ici 2020, pour avoir accès à une pension de retraite complète, il faudra cotiser 41,5 années. Dans la mesure où l'âge moyen d'entrée dans la vie active s'élèvera à 22 ans, le fameux verrou, pour ne pas dire tabou, de la retraite à 60 ans est donc bien en train de sauter. Néanmoins, pour ne pas fâcher outre-mesure, l'âge légal de départ à la retraite sera porté à 62 ans d'ici 2018 (et non 63 comme cela aurait été plus logique). même si elle n'a pas encore été votée, la réforme des retraites montre également que lorsqu'ils sont mis au pied du mur, nos dirigeants politiques savent mettre en place de véritables modifications structurelles. Car, ne nous leurrons pas, si la France a engagé cette réforme c'est surtout parce qu'elle n'avait pas le choix : un refus de changer la donne aurait immanquablement entraîné une dégradation de la note de la dette publique française. Pour autant, ne crions pas victoire trop vite. Tout d'abord, parce que la réforme n'a pas encore été entérinée. On se souvient de l'épisode fâcheux du CPE qui, bien que voté, avait ensuite été retiré par manque de soutien populaire et politique. De plus, la réforme de la retraite peut encore être amendée et vidée de sa substance, voire refusée par le Conseil Constitutionnel. Mais, au-delà de ces « tracasseries administratives » traditionnelles dans l'Hexagone, le vrai problème de la nouvelle retraite à la française réside dans le fait qu'elle repose encore sur des hypothèses très optimistes. En l'occurrence, un taux de chômage durablement compris entre 4,5 % et 7 % à partir de 2015...
C'est malheureusement une triste réalité : la peur domine le monde. En effet, lorsqu'un individu, une entreprise ou encore un pays ont peur, ils sont paralysés et n'ont même plus la force d'aller vers l'avant. Autrement dit, ils n'ont plus aucune chance de gagner. A l'inverse, celui qui suscite la peur est quasiment assuré de l'emporter. C'est là l'une des raisons principales pour lesquelles, il est souvent avancé que le pessimiste est généralement un optimiste qui serait devenu réaliste, ou encore que le Bear market a plus de chance de s'imposer que le Bull Market. Et pour cause : en instillant la peur, le pessimisme et le Bear market ont automatiquement tendance à devenir auto-réalisateurs. Pour autant, si ce cas de figure se réalise régulièrement, il est loin d'être inévitable. L'histoire économique nous en a souvent fourni la preuve. Sans remonter aux calendes grecques, les évolutions économiques et financières des dix dernières années sont particulièrement éloquentes. Et cela devrait encore se reproduire en 2010-2011...
Dans une émission des années 1980, Jacques Martin aurait certainement dit « c'est incroyable, mais vrai ! ». En effet, après déjà dix ans de mauvaise gouvernance économique, d'erreurs en tous genres et après avoir frôlé l'explosion de la zone euro il y a à peine un mois, les dirigeants politiques et monétaires eurolandais ne parviennent toujours pas à calmer le jeu et continuent d'accumuler les bourdes et les déclarations malencontreuses. Ainsi, alors que les braise de la crise de la dette publique sont encore incandescentes, le tout nouveau Secrétaire d'Etat au Budget n'a pas hésité à déclarer que "l'objectif du maintien de la note AAA est un objectif qui est tendu". Patatras ! Bien sûr, quelques heures tard, le cabinet de celui-ci n'a pas manqué de rectifier le tir, en soulignant que par « tendu », il fallait comprendre « exigeant, qui ne se relâche pas ». Ouf ! Pourtant, le mal est fait et notre pauvre Monsieur Baroin va devoir s'expliquer jour après jour pour essayer de faire oublier sa gaffe. Seulement voilà, en voulant se rattraper, très souvent, on s'enfonce davantage et surtout on installe le débat sur la scène médiatique. Dès lors, si le sujet paraissait hors de propos il y a encore quelques jours, de plus en plus de personnes se posent une double question : la France peut-elle perdre son triple A ? Et, le cas échéant, quelles en seraient les conséquences ?
C'est donc le nouveau mot à la mode dans la zone euro : rigueur. Ainsi, après trente ans de laxisme et d'augmentation des dépenses publiques (à l'exception de quelques pays courageux qui ont su moderniser leur économie), les Etats de la zone euro ont enfin décidé de réduire leur déficit structurel. Cette décision est évidemment louable et surtout indispensable, dans la mesure où, dans l'ensemble de ces pays, la croissance économique générée chaque année ne suffit même pas pour payer les intérêts de la dette publique. Autrement dit, le simple remboursement de la dette requiert d'augmenter le déficit, donc la dette… et le cercle pernicieux n'en finit plus. Du moins jusqu'à ce que la note du pays soit dégradée, avec remontée des taux d'intérêt à la clé, donc aggravation de la charge d'intérêts de la dette et, enfin, généralisation de la crise grecque à la plupart des pays eurolandais. Bien que cette sombre perspective soit connue depuis des années, il aura fallu attendre que la zone euro soit au bord de l'explosion pour enfin réagir. « Mieux vaut tard que jamais ! » diront certains. Pour autant, on n'efface pas trente ans de mauvaise gouvernance économique en quelques jours. Pis, alors que les marchés et le monde entier ont les yeux rivés sur les choix stratégiques des dirigeants politiques eurolandais, ces derniers rééditent les mêmes erreurs que par le passé, en mettant de nouveau en péril la croissance économique. Car si l'assainissement des finances publiques est indispensable, il ne doit pas non plus « casser » l'activité, sous peine d'augmenter à nouveau les déficits, donc la dette… Plutôt que de se faire les chantres de l'austérité mal placée, les dirigeants français et eurolandais devraient donc engager un véritable assainissement de leurs dépenses...
Tremblement de terre à Haïti, crise grecque, volcan islandais, marée noire dans le Golfe du Mexique, crise de la zone euro, secousses sur les marchés financiers. Depuis le début 2010, les catastrophes se suivent et focalisent toutes les attentions. A tour de rôle, elles font la une des médias, inquiètent, effraient, puis finissent par se faire oublier, pour peu qu'un nouveau drame vienne prendre leur place sur le devant de la scène. Ainsi va la vie et il ne servirait à rien de s'en plaindre. Pourtant, si les crises passent et s'oublient, elles laissent toujours des traces plus ou moins douloureuses. Dans le cas des catastrophes naturelles, humanitaires ou écologiques, ces traces sont évidemment plus dramatiques que lors des crises économiques. Cependant, s'il est possible de mettre un point final géographique et temporel aux premières, les secondes sont beaucoup plus difficilement maîtrisables. Ainsi, il est clair qu'après onze ans d'erreurs de gouvernance économique et monétaire et quatre mois d'atermoiements qui ont mis le feu au chaudron eurolandais, le plan de sauvetage décidé le 9 mai est enfin venu éteindre l'incendie. Comme nous l'expliquions dans notre « Réaction » du 10 mai, il a effectivement permis de montrer au monde que les dirigeants eurolandais étaient convaincus de la nécessité de pérenniser la zone euro et surtout d'en faire une terre de croissance soutenue. Les deux maîtres-mot de ce plan sont donc bien « solidarité » et « efficacité ». Le problème est que, vu l'ampleur des dégâts, la confiance est très difficile à restaurer. Et ce, d'autant que les déclarations sans lendemain des dirigeants eurolandais depuis des années font pléthore...
Face à la débandade que subit aujourd'hui la zone euro, deux questions s'imposent : comment en est-on arrivé là ? Et comment va-t-on en sortir ? Dans les deux cas, la réponse est malheureusement simple : tout est lié à l'incompétence ou non des dirigeants de la zone euro. Ainsi, au-delà du cas grec, la crise actuelle n'est que la conséquence des multiples et répétitives erreurs de gouvernance de la zone euro. Dans ce cadre, la seule solution à cette crise réside dans l'inversion de toutes ces erreurs. Pour ce faire, les dirigeants eurolandais doivent monter au créneau de façon concertée en déclarant au monde que la zone euro est inaliénable. Ils doivent également s'engager à restaurer la croissance et à utiliser tous les moyens possibles pour y parvenir. La politique budgétaire doit donc réduire ses nombreuses poches d'inefficacité, notamment en diminuant les dépenses de fonctionnement. La BCE doit aussi arrêter de jouer contre l'activité économique, en consacrant un taux refi adapté à la croissance, ce qui imposerait par exemple aujourd'hui que ce dernier soit descendu à 0,5 %. Enfin, la baisse de l'euro, qui a déjà commencé, doit se prolonger jusqu'à 1,20 dollar pour un euro, ce qui permettra de relancer la croissance vers les 2,5 % d'ici le début 2011. Dès lors, la Grèce et l'ensemble de ses partenaires eurolandais pourront sortir par le haut de cette crise et la zone euro sera sauvée. A moins que...
Lorsqu'il y a un an dans ces mêmes colonnes ou dans le livre « Krach, boom et demain ? », nous évoquions que la Grèce pourrait être incitée ou contrainte de sortir de la zone euro, nous étions loin d'imaginer qu'un tel cas de figure deviendrait envisageable en si peu de temps. Certes, nous n'en sommes pas encore là et nous espérons que nous réussirons à éviter une telle issue. Pourtant, il ne faut pas être dupe. Les tensions actuelles ne se cantonnent pas à la Grèce, ni même aux PIIGS (Portugal, Ireland, Italy, Greece, Spain), mais elles reflètent une crise beaucoup plus profonde et plus générale : celle de la zone euro. Evidemment, certains n'hésitent pas à avancer que cette crise est uniquement le fruit des attaques de méchants spéculateurs. Si cet argument du bouc-émissaire est évidemment facile, elle n'en est pas moins erronée. En effet, si un mouvement spéculatif sur la dette grecque existe, il n'est pas tombé du ciel du jour au lendemain. Bien au contraire, il est simplement la conséquence des erreurs de gouvernance économique et monétaire de la zone euro tant au cours des derniers trimestres que depuis une dizaine d'années. C'est pourquoi, il faut très vite reprendre les choses en main. Sinon, la crise grecque ne sera que la première d'une longue série qui finira forcément par faire exploser la zone euro...
Alors que l'opinion publique européenne s'est focalisée pendant une semaine sur le volcan islandais et sur son nuage de cendres qui a bloqué le ciel d'Europe au nom du sacro-saint principe de précaution, un autre volcan, peut-être encore beaucoup plus dangereux, a continué de monter en puissance. Il s'agit bien entendu du volcan grec qui, en dépit de l'aide annoncée des pays de la zone euro, semble avoir désormais atteint un point de non retour. Ainsi, le taux dix ans des obligations de l'Etat grec a continué de flamber, jusqu'à dépasser les 8,8 % le 22 avril. Un niveau qui devient à la fois surréaliste et extrêmement dangereux. Et plus le temps passe, plus les taux d'intérêt augmentent, plus la récession s'aggrave et plus les déficits deviennent explosifs. Si bien que la situation grecque est devenue inextricable. Si la sortie de la Grèce de la zone euro paraissait inimaginable au plus grand nombre il y a encore quelques mois, voire quelques semaines, sa probabilité va croissante et sa crédibilité se répand encore plus rapidement qu'un nuage de cendres à travers l'Europe...
La scène se passe il y a un peu plus d'un an dans le bureau du juge Denny Chin chargé de l'affaire Madoff : le premier demande au second : « mais tout de même Monsieur Madoff, quelle mouche vous a piqué ? Qui vous a donné l'idée de réaliser une telle carambouille : faire payer les anciens cotisants par les nouveaux arrivants ». Bernard Madoff reste calme et répond : « c'est très simple, j'ai observé le système de retraite par répartition en France et j'ai fait pareil… ». S'il s'agit évidemment d'une blague que l'on raconte sur les marchés financiers depuis un an, elle retrouve aujourd'hui une acuité cuisante dans le cadre du retour du débat sur le financement des retraites en France. Soyons clairs : les deux mots clés du sauvetage de la retraite française seront Responsabilité et Liberté. Les Allemands, les Belges, les Anglais, les Italiens et beaucoup d'autres à travers le monde l'ont compris, il n'y a pas de raison que les Français n'y parviennent pas.
Les années passent, les gouvernements changent, mais malheureusement, les erreurs restent les mêmes. Ainsi, depuis plus de trente ans, les dirigeants politiques de l'Hexagone essaient toujours de résoudre les problèmes économiques et financiers de la France par la même mesure : l'augmentation des impôts. A chaque fois, c'est la même ritournelle : on crée un impôt, souvent présenté comme temporaire, pour colmater une brèche, mais le « temporaire » devient du « permanent » et de nouvelles brèches apparaissent. Dernier exemple en date : le gouvernement français est sur le point de créer encore un nouvel impôt pour financer le « trou de la retraite par répartition ». Et ce tout en limitant une partie des niches fiscales. Le message est donc clair : Nicolas Sarkozy n'a pas été élu pour augmenter les impôts, mais le gouvernement Fillon va le faire. En vertu de l'adage historiquement vérifié du « trop d'impôt tue l'impôt », il est donc à craindre que la nouvelle hausse de la fiscalité en France réduira l'assiette fiscale et par là même les recettes de l'Etat. De ce fait, elle finira par accroître le déficit public, donc la dette, puis les taux d'intérêt, ce qui ne manquera pas d'affaiblir la croissance, donc d'aggraver encore le chômage et le déficit… et le cercle pernicieux continuera jusqu'à ce que les dirigeants français comprennent enfin que la France sera bientôt aussi menacée que la Grèce par la crise de la dette publique.
C'est bien connu : les Français ne savent pas faire des réformes, mais seulement des révolutions. C'est en défendant cet adage d'un autre temps que, depuis trois décennies, les différents gouvernements de l'Hexagone ont refusé d'engager la réforme en profondeur et la modernisation de nos structures économiques. Il est vrai que, pour les inciter à ne rien faire, ils étaient également aidés par le fameux cycle électoral et la succession infernale des diverses élections. Ainsi, que ce soient les conseillers en tout genre, les sondages ou tout simplement la volonté effrénée d'être réélus, il y avait toujours une bonne raison pour ne pas brusquer les Français et pour continuer de leur laisser croire que tout finirait par s'arranger en augmentant les dépenses publiques. Aussi, il faut être clair : si ce choix d'alourdissement de la pression fiscale est également favorisé au niveau national, les conséquences seront particulièrement lourdes : déjà fragile, la croissance sera encore diminuée, les fuites de capitaux et de cerveaux seront augmentées. D'où une augmentation des déficits publics, donc plus de dette, des taux d'intérêt en hausse, puis moins de croissance, plus de déficit…
Après la recherche de boucs-émissaires que nous explicitions la semaine dernière dans cette même rubrique, la France vient de franchir une nouvelle étape dans sa quête démagogique de déresponsabilisation. Ainsi, après les méchants spéculateurs, puis les vilains chefs d'entreprise qui n'hésitent pas à délocaliser, c'est désormais l'Allemagne qui est coupable de tous nos maux. C'est du moins ce que défend la ministre de l'économie Christine Lagarde qui, bien loin de son professionnalisme habituel, s'est lancée dans un dénigrement en règle de la stratégie économique allemande. Et ce, alors que la crise grecque et plus globalement celle de la zone euro, sont loin d'être terminées. A croire que la France a véritablement envie de mettre de l'huile sur le feu. En outre, il ne faut pas oublier deux points importants. D'une part, la faiblesse de la demande intérieure allemande est structurelle car liée à la baisse de la population. D'autre part, ce sont les Allemands qui ont démocratiquement choisi de sacrifier temporairement leur demande intérieure pour réussir à moderniser leur économie. Les critiquer pour ce choix douloureux mais salutaire constitue donc une ingérence particulièrement déplacée. Surtout en provenance de France, qui depuis plus de trente ans, a préféré le laxisme et le dogmatisme à la rigueur et au pragmatisme. Lorsque la France critique l'Allemagne pour sa stratégie c'est donc un peu comme si un aveugle conseillait un borgne sur le chemin à suivre ou comme si la cigale faisait des remontrances à la fourmi... Or, n'oublions pas que la construction européenne a principalement progressé grâce à la volonté franco-allemande. Si ce couple bas de l'aile ou si la France continue d'attaquer injustement l'Allemagne, cette dernière pourrait bien être tentée de jeter l'éponge. Et si, finalement, le premier pays à sortir de la zone euro n'était pas la Grèce, mais l'Allemagne…
Qu'ils soient investisseurs, spéculateurs, opérateurs de marchés ou encore chefs d'entreprise qui délocalisent, la vindicte populaire a trouvé ses nouveaux boucs-émissaires : ce sont eux les coupables ! Coupables de la crise, du chômage, de la quasi-faillite de la Grèce, de la désindustrialisation de la France, du réchauffement climatique, et pourquoi pas, tant qu'on y est, de la bêtise humaine. Car, il faut reconnaître qu'ils ont bon dos tous ces acteurs économiques de l'ombre. On ne sait pas vraiment ce qu'ils font, ni en quoi consiste vraiment leur métier, et cela tombe bien, ils constituent des coupables parfaits, qu'il faut donc punir sévèrement, de manière à assouvir les instincts revanchards de la population. A la rigueur, si cette stigmatisation était véhiculée par des partisans alter mondialistes ou néo-marxistes (ce qui revient d'ailleurs souvent au même), on pourrait comprendre ou du moins imaginer comment de telles idées aussi simplistes que dangereuses peuvent germer dans de tels esprits. Mais malheureusement, il n'en est rien. Ces différentes théories du complot de la finance mondialisée sont diffusées et formulées par des personnes et des Institutions honorables et ce, jusqu'aux instances dirigeantes de certains pays occidentaux. Au-delà des non-sens engendrés par cette analyse, il faut surtout bien comprendre que ce ne sont pas les spéculateurs qui sont à l'origine de la crise grecque, ni les entreprises françaises qui ont favorisé la désindustrialisation de l'Hexagone. Ces mouvements ne sont que des conséquences logiques des erreurs accumulées au cours des années 90 et 2000 par les dirigeants européens et français.
Ce n'est pas une surprise : les Français n'ont jamais été des chauds partisans de l'Euro. Dèjà, lors du référendum du 20 septembre 1992 sur la ratification du Traité de Maastricht, le « Oui à l'euro » ne l'avait emporté qu'avec 51,04 % des voix. Ensuite, certainement aveuglés par la croissance des années 1999-2000 mais surtout parce qu'ils continuaient à vivre avec des francs, les Français ont été quasiment indifférents à la création de la monnaie unique en janvier 1999. Ce n'est en fait qu'en 2002, avec l'introduction des pièces et billets en euro, puis la suppression progressive du Franc que la population hexagonale deviendra de plus en plus critique à son égard. En effet, une fois passé l'attrait des nouvelles pièces et des nouveaux billets, les Français vont très vite se plaindre de l'euro, d'abord pour des problèmes pratiques de conversion, puis pour des problèmes d'arrondis abusifs, donc d'inflation a priori excessive. Mais, aujourd'hui, après dix ans de croissance molle et une récession historique, les Français ont franchi une nouvelle étape dans leur relation avec la monnaie unique : celle des regrets et peut-être même du divorce. Ainsi, selon un récent sondage Ifop pour Paris-Match, 69 % des Français regrettent le franc. Après le poids des mots et le choc des photos, voici donc la claque des chiffres. S'il ne s'agit évidemment que d'un sondage, dont la valeur scientifique est par définition limitée, ce rejet de l'Euro atteint désormais un sommet historique et doit donc par là même être pris au sérieux. Et si la prochaine décennie était celle de la fin de la zone euro...
Combien de couleuvres et de manipulations en tous genres avons-nous dû avaler au cours des toutes dernières années ? Si l'art du mensonge et de l'illusion n'est évidemment pas nouveau et n'a cessé de diriger le monde depuis des siècles, les niveaux atteints au cours des derniers trimestres relèvent de l'excellence. Pourtant, avec le développement du savoir, l'augmentation du niveau des études, notamment dans les pays développés, ou encore grâce aux NTIC, on aurait pu imaginer que de telles manigances seraient plus difficiles. Mais c'est exactement le contraire que nous subissons : Dettes subprimes transformées en titres AAA, baril à 150 dollars, faillite sauvage de Lehman Brothers, récession soi-disant pire que 1929, grippe A, réchauffement climatique, crise de Dubaï, puis de la Grèce... La liste est longue et n'est malheureusement pas définitive. Que faire alors pour éviter de se faire arnaquer ? Voici nos réponses...
En 2002, dans une chronique intitulée Minority Report, votre serviteur avait souligné qu'en matières de prévisions et à l'instar du film de Steven Spielberg du même nom, la majorité avait très souvent tort et qu'à l'inverse, le rapport minoritaire était généralement le meilleur. Ainsi, à l'époque, le consensus de marché anticipait un W, c'est-à-dire un scénario selon lequel le rebond de 2002 ne serait que de très courte durée et serait suivi par une récession durable. Bien loin de cette prophétie et malgré la guerre en Irak, l'économie américaine a poursuivi sa reprise en 2003, pour ensuite retrouver une croissance de 4 % dès le début 2004. Aujourd'hui, rien n'a malheureusement changé. Ainsi, il y a encore quelques mois, le consensus annonçait une récession américaine et mondiale extrêmement grave qui ne prendrait pas fin avant 2011. Pis, devant le rebond du PIB des Etats-Unis au troisième trimestre 2009, ce même consensus prédisait une rechute magistrale dès le quatrième trimestre. Et tout ça en vain. Devant de tels échecs cuisants, le consensus a donc logiquement viré de bord. Ainsi, alors qu'il y a encore quelques mois, la majorité des prévisionnistes annonçaient à tort que l'économie américaine, les marchés et la croissance mondiale ne redémarreraient pas avant bien longtemps, un nouveau consensus semble désormais s'imposer. Selon ce dernier, relayé notamment par le FMI ou encore lors du sommet de plus en plus inutile de Davos, la croissance mondiale va retrouver progressivement les 3 %, celle des Etats-Unis les 2 % et la progression des marchés boursiers devrait avoisiner les 5 à 10 % cette année. En d'autres termes, c'est maintenant qu'il faut vraiment s'inquiéter…
Ah ! Qu'elle paraît loin la période où les pays d'Europe du Sud voulaient absolument intégrer le premier wagon de la zone euro. C'était en 1998. A l'époque, l'Italie, l'Espagne et le Portugal mettaient un point d'honneur à réaliser la monnaie unique avec leurs voisins du Nord, c'est-à-dire dès 1999. En dépit des recommandations des Allemands qui souhaitaient plutôt réaliser une UEM en petit comité, avant d'élargir le cercle aux pays vraiment méritants, la position d'une entrée immédiate des pays dits du Club Med (en 2001 pour la Grèce) l'a finalement emportée. Aujourd'hui, bien loin des espoirs de la fin des années 90 et du début 2000, la Grèce, l'Espagne et le Portugal font désormais l'objet de toutes les craintes. Que s'est-il donc passé en dix ans pour transformer le rêve en cauchemar ? Voici quelques réponses et aussi des perspectives. Car, au-delà de la crise des pays du Sud de l'Europe, il va surtout falloir trouver une solution pour sortir de cet engrenage désastreux ? Et compte tenu de l'urgence de la situation, il faut réagir vite...
Mais quelle mouche a-t-elle bien pu piquer Barack Obama ? En effet, après avoir été présenté comme le sauveur des Etats-Unis et avoir reçu le prix Nobel de la paix, le Président américain est très vite tombé de son piédestal. Depuis l'automne dernier, il ne cesse d'accumuler les déconvenues : débat houleux sur la réforme du système de santé, incapacité à résoudre rapidement les conflits en Afghanistan et en Irak, échec des services de sécurité qui ont dû compter sur la chance pour éviter de justesse un nouvel attentat aérien le 25 décembre. Enfin, cerise empoisonnée sur ce malheureux gâteau, les Démocrates ont perdu le poste de sénateur du Massachussetts, leur supprimant la majorité qualifiée au Congrès. Devant tant de désastres, le Président Obama se devait donc de réagir. Mais plutôt que de s'en prendre à lui-même ou à son équipe, celui-ci s'est trouvé une cible de choix : les banques. Ainsi, à l'instar de son homologue français, M. Obama a décidé de taper du poing sur la table et de menacer vertement l'ensemble du système bancaire et financier américain. Et si les remontrances de Nicolas Sarkozy n'effraient pas grand monde, celles du Président américain ont un véritable impact négatif sur les marchés. Si la stratégie d'Obama peut se comprendre dans la mesure où elle correspond au politiquement correct ambiant, elle souligne au moins cinq paradoxes et demeure ainsi particulièrement dangereuse...
« Je crains que l'euro ne traverse dans les prochaines années une phase très difficile ». Qui a bien pu dire une phrase pareille ? Un eurosceptique invétéré qui, face aux éloges posthumes formulés à l'égard de Philippe Seguin, fervent opposant à l'adhésion à la monnaie unique, se serait senti poussé des ailes ? Un monétariste orthodoxe qui se souvient que son père spirituel, Milton Friedman, n'a eu de cesse de souligner que la zone euro ne survivrait pas à sa première grande crise économique ? Un dirigeant politique tchèque, hongrois ou polonais qui veut dissuader son pays de s'engager trop vite dans la zone euro ? Non, rien de tout ça. Cette phrase à la fois inquiétante mais aussi réaliste a tout simplement été prononcée par Angela Merkel. Passée presque inaperçue il y a dix jours et même retirée du site internet sur lequel elle avait été mentionnée, la déclaration de la Chancelière allemande a pourtant de quoi choquer. Et pour cause : nous sommes très loin des discours des autorités allemandes de juillet dernier lorsque ces dernières soulignaient que, quelles que soient les menaces qui pèsent sur la Grèce et sur sa dette publique, l'Allemagne resterait solidaire de sa petite sœur du Sud. Aujourd'hui, il n'en est rien et toutes les spéculations sur la viabilité de la zone euro redeviennent possibles. Attention aux lendemains qui déchantent...
Si 2008 a été l'année de toutes les déconvenues et 2009 celle de tous les dangers, 2010 se présente comme l'année de tous les espoirs. En effet, après avoir évité la catastrophe tant annoncée, puis amorcé une reprise appréciable, l'économie mondiale et les marchés boursiers internationaux doivent désormais transformer l'essai. Car, ne soyons pas dupes : compte tenu de la dégringolade excessive enregistrée fin 2008-début 2009 et de la politique de relance sans précédent menée à travers le monde, le rebond était presque inévitable, même si 95 % des prévisionnistes refusaient de le voir. Autrement dit, une fois la reprise technique passée et les perfusions publiques en partie épuisées, c'est maintenant que le plus difficile reste à faire, en l'occurrence transformer le rebond technique en une reprise forte et durable. C'est en cela que si 2009 a été l'année de la résurrection, 2010 doit être celle de la transcendance, c'est-à-dire du retour de l'économie mondiale sur le chemin d'une croissance pérenne et autonome. C'est justement ce que nous anticipons pour les prochains trimestres. Malheureusement, ce mouvement ne sera pas rectiligne et encore moins homogène...
Comme chaque début d'année, c'est l'heure des bilans. Bilan économique, bilan financier et aussi bilan de nos prévisions. Sur tous ces plans, 2009 restera une année inoubliable. Tout d'abord, parce que 2009 a permis de déjouer l'écrasante majorité des prévisionnistes à travers le monde. En effet, il y a environ un an, ces derniers s'époumonaient et faisaient preuve d'une ingéniosité débordante doublée d'une surenchère malsaine pour annoncer que la planète économico-financière internationale allait très rapidement s'écrouler sans se relever avant plusieurs années, voire une décennie. Les plus « ambitieux » n'hésitaient pas à déclarer que le monde s'apprêtait à entrer dans une crise encore plus grave que celle de 1929. A l'époque, il fallait donc être fou ou inconscient pour oser annoncer que la bourse et l'économie mondiale allaient redémarrer dès 2009. C'est pourtant ce que nous faisions et écrivions dans ces même colonnes et aussi dans le livre « Krach, Boom… et demain ? » sorti en février 2009. Pour enfoncer le clou, nous avions même choisi d'accompagner les premiers tirages de ce dernier par un bandeau « Restez optimistes ». Quelle folie ! Devant ce sous-titre décidément insolent, certains journalistes n'hésitaient pas à me déclarer « Désolé, on ne pourra pas vous inviter, ni parler de votre livre, parce qu'il est trop optimiste. Vous comprenez, aujourd'hui, ce sont les prévisions catastrophistes qui ont la cote… ». Le ton était lancé. Qu'à cela ne tienne, le livre a attiré plus de 25 000 lecteurs et surtout, les funestes Cassandres, pourtant largement majoritaires, ont eu tort. Dans ce cadre, le bilan de nos prévisions 2009 apparaît comme l'un des meilleurs crus depuis 1998, date à laquelle nous avons commencé à nous livrer à cette exercice (à l'époque nous étions à la Caisse Centrale des Banques Populaires, cela ne nous rajeunit pas…). Alors retour sur une année 2009 haute en couleurs...
Le Président a tranché. Alors que de nombreuses personnalités de tous bords politiques et jusqu'à son premier conseiller lui demandaient de lancer un grand emprunt de 100 milliards d'euros, Nicolas Sarkozy s'est finalement rendu à la raison : l'emprunt ne sera pas grand. Il ne portera que sur 35 milliards, dont 22 milliards financés directement par appel aux marchés. Pour autant, augmenter un endettement public qui est déjà pléthorique n'est pas très sérieux. Et alors ? diront certains, il faut bien faire quelque chose. De plus, ajouteront-ils, l'Etat est justement là pour assurer la paix sociale. D'ailleurs, concluront-ils, c'est bien grâce à son Etat Providence ultradéveloppé et à ses fameux stabilisateurs automatiques que la France peut s'enorgueillir d'être l'un des pays de la zone euro qui a le moins souffert pendant cette crise et a vu son PIB reculer de « seulement » 2,3 % en 2009 ». Nous y voilà ! Selon eux, il n'y aurait pas trop d'Etat dans l'économie française, il en faudrait même plus, d'où l'idée du grand emprunt. Si cette thèse peut évidemment sembler séduisante, voire irréfutable, elle n'en est pas moins erronée et surtout très dangereuse. C'est ce que nous appelons le « syndrome du pouf ». En effet, il faut reconnaître que, grâce à ses protections et à ses perfusions publiques en tous genres, l'économie française est protégée contre une chute trop violente. Ainsi, lorsqu'elle tombe, elle s'affale sur un pouf qui lui permet donc d'amortir le choc et d'assurer une certaine paix sociale à court terme. En revanche, une fois bien installé dans le pouf, il est généralement très difficile de se relever. C'est là tout le problème des aides et autres stabilisateurs qui permettent certes de limiter les dégâts lors de la chute mais empêchent ensuite l'économie de se redresser rapidement et fortement, notamment à cause de son coût exorbitant qui impose une pression fiscale extrêmement forte.
Si vous avez aimé le krach Internet, si vous vous êtes passionnés pour les guerres en Afghanistan et en Irak, si vous avez été subjugués par la faillite de Lehman Brothers et la crise financière qui en a découlé, alors vous allez adorer les ravages causés par le réchauffement climatique. A l'instar des Rocky, Rambo, Die Hard, Spiderman ou encore Harry Potter, les crises sont de tels succès commerciaux qu'elles appellent constamment de nouveaux épisodes. Le créneau est toujours le même : si vous avez survécu aux crises précédentes, celle que vous allez subir à présent sera encore pire. Bigre ! Ca fait froid dans le dos. Et cela tombe bien car la crise qui se prépare est justement celle du froid, ou plutôt de l'absence de froid. Ainsi, le réchauffement climatique serait tel que les glaciers vont fondre, que le trou de la couche d'ozone va encore s'élargir, que les terres vont être submergées, bref, les Mayas avec leur fin du monde en 2012 n'étaient finalement que des enfants de cœur… Mais, nous le disons haut et fort : la décroissance n'a aucun sens. En fait, elle constituerait une véritable catastrophe sociale, car elle se traduirait forcément par une aggravation des inégalités, une augmentation du chômage et une exacerbation des tensions sociales. C'est d'ailleurs là que réside l'un des grands paradoxes de cette thèse soutenue notamment par les altermondialistes et les soi-disant partisans d'une économie sociale : comment peut-on à la fois dénoncer la pauvreté dans le monde et exiger la décroissance qui ne fera finalement qu'aggraver cette dernière ? La solution est donc ailleurs et notamment du côté de l'innovation technologique...
Comme nous l'annoncions la semaine dernière, la crise de Dubaï a été plus médiatique qu'économique, à tel point que les marchés l'ont déjà presque oubliée. Elle leur a juste permis de reprendre leur souffle pour mieux rebondir. Pour autant, l'affaire Dubaï World a certainement marqué le début d'une nouvelle crise plus profonde, en l'occurrence celle des dettes publiques. En effet, après avoir sauvé le système financier et engagé des relances pharaoniques, les Etats vont devoir désormais payer la facture. Le principe de fonctionnement est malheureusement simple : si la charge de la dette (c'est-à-dire les intérêts payés chaque année par les Etats sur leur dette) est inférieure à la croissance économique du pays, la dette est financée sans difficulté, dans la mesure où elle produit plus de croissance qu'elle ne coûte. A l'inverse, si la croissance forte n'est pas au rendez-vous et a fortiori si les gains économiques ne compensent pas les coûts financiers de la dette publique, les Etats en question s'engagent dans une bulle de la dette, qui se traduit alors par une dégradation de la notation, puis une hausse des taux d'intérêt, donc moins de croissance et plus de charge de la dette… La bulle s'amplifie alors jusqu'à la mise en faillite et le moratoire de la dette. C'est notamment ce que l'on a pu observer en Argentine il y a moins de dix ans. Et si la Grèce, la France et la zone euro étaient les prochaines sur la liste ?
Lorsque la semaine dernière, dans cette même rubrique, nous explicitions les dangers qui menaçaient la planète économico-financière à l'horizon 2012, nous pensions avoir atteint le sommet de l'horreur économique, tout en spécifiant d'ailleurs qu'il ne s'agissait que de risques potentiels encore évitables. Et pourtant, à en croire certains, nous étions encore loin du compte. Ainsi, reprenant le sentiment de nombreux cassandres à travers le monde qui ont décidément la dent dure, une grande banque française a envoyé la semaine dernière à ses clients une lettre catastrophiste digne de Nostradamus version « ultra-Bear ». Selon les spécialistes et docteurs ès « fin du monde » de cette institution financière, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre depuis janvier 2008, le rebond actuel ne serait qu'une accalmie passagère entre deux tempêtes; la seconde s'annonçant encore plus grave que la première. Bref, ce n'est même pas le W qui nous attend mais le N inversé : И (appelé également le « i-huitaine dans l'alphabet cyrillique). Autrement dit, après une rémission temporaire, le système capitaliste va bien finir par mourir et ce dès l'année prochaine.
Hollywood serait-il plus fort que Kyoto ou encore Copenhague ? En effet, alors que les soi-disant spécialistes du climat ne cessent d'annoncer que la terre est sur le point d'exploser à cause de la pollution au dioxyde de carbone, il aura suffi d'un film hollywoodien à grand spectacle pour relancer et surtout crédibiliser une crainte ancestrale selon laquelle la fin du monde serait proche. L'argumentation de cette thèse est simple : le calendrier maya se termine le 21 décembre 2012. Il ne nous resterait donc plus très longtemps pour profiter de notre chère planète bleue… Si nous ne sommes ni devins, ni mayas et encore moins défaitistes pour donner quelques crédits à cette thèse de fin du monde dans tout juste trois ans, il faut néanmoins reconnaître que 2012 se présente comme une année de grands dangers pour la stabilité économique et politique de la planète. Tout d'abord, 2012 sera une année d'élection présidentielle dans trois grandes nations, en l'occurrence les Etats-Unis, la Russie et la France. Au risque de décevoir notre orgueil national, c'est principalement dans les deux premiers pays que les risques d'impacts géopolitiques mondiaux sont les plus importants. Mais soyons rassurés, la France pourra aussi jouer un rôle déterminant dans la stabilité politico-économique de la planète. Au-delà du fait qu'elle dispose également de l'arme nucléaire, la France va surtout s'illustrer dans les prochaines années par l'explosion de sa dette publique. Cette stratégie de fuite en avant fera évidemment tâche d'huile en Europe et pourra même déboucher sur une explosion de la zone euro en 2012. Enfin, pour ne rien arranger, l'année 2012 devrait aussi coïncider avec la confirmation de la puissance économique dominante de la Chine. Cette dernière pourra alors ouvrir les frontières de ses marchés financiers et imposer le yuan comme un concurrent sérieux du dollar. Pour peu que les Chinois en profitent pour annexer Taïwan, que les Russes en fassent de même avec l'Ukraine et que les Américains et Européens, dans un dernier baroud d'honneur, lancent des représailles militaires, alors la fin du monde promise par les Mayas aura peut-être bien lieu, si ce n'est en 2012 au plus tard en 2013... A l'évidence, si l'on veut se faire peur, il n'est pas nécessaire d'aller dans les salles obscures, la scène économico-politique internationale suffit largement pour nous donner des sueurs froides...
Après la bonne surprise du deuxième trimestre et le net rebond de la production industrielle au troisième, l'économie française paraissait capable de retrouver le chemin de la croissance forte dès le troisième trimestre. Il n'en est rien. En effet, même si le PIB a continué de progresser, son augmentation a été limitée à 0,3 %, maintenant le glissement annuel du PIB dans le rouge à - 2,4 %. Il n'y a donc pas de quoi être fier. Surtout lorsque l'on sait que le PIB allemand a augmenté de 0,7 % sur la même période, après une hausse de 0,4 % au deuxième trimestre. Mais au-delà du chiffre global du PIB, la véritable déception des comptes nationaux du troisième trimestre réside dans ses éléments constitutifs. Ainsi, une fois n'est pas coutume, c'est le commerce extérieur qui a sauvé la croissance française. En effet, grâce notamment au rebond allemand, nos exportations ont augmenté de 2,4 %, alors que nos importations n'ont progressé que de 0,4 %. Cela recèle donc deux enseignements. D'une part, le commerce extérieur a contribué pour 0,4 point à la croissance du troisième trimestre. D'autre part et surtout, la demande intérieure a reculé de 0,1 % au troisième trimestre. En d'autres termes, après un trimestre de pause, la récession est déjà de retour sur le front de la demande nationale. C'est dire la fragilité qui continue de marquer l'économie française. Et même si la stagnation de l'emploi au troisième trimestre peut constituer un lot de consolation temporaire, il est clair que la croissance française restera lente et faible. Dans le meilleur des cas, elle atteindra 1,3 % l'an prochain. Ce qui se traduira par un taux de chômage stabilisé autour des 10 % et un déficit également stabilisé dans les abysses. Bref, 2010 ne sera pas une année de récession, mais restera une année de contrition.
C'est un dilemme cornélien qui se présente désormais aux banques centrales de la planète et en particulier dans le monde dit développé. En effet, il y a environ un an, au plus fort de la crise financière, elles ont non seulement injecté massivement des liquidités à l'échelle mondiale mais elles ont aussi fortement réduit leurs taux directeurs. Elles n'avaient alors pas le choix. Car, sans ces actions concertées de grande ampleur, le système financier international aurait certainement craqué et l'économie de la planète avec. Elles ont donc tiré les leçons des erreurs du krach de 1929 ou encore de la crise japonaise du début des années 90, au cours desquels les autorités monétaires n'ont pas pris conscience de l'ampleur des dégâts et n'ont pas réagi en conséquence. Autrement dit, il est possible de dire qu'en 2008-2009, les banques centrales ont fait leur « boulot ». Et ce, même si l'on peut néanmoins regretter qu'une fois encore, la Banque Centrale Européenne, n'a pas été jusqu'au bout, notamment en refusant de baisser son taux refi entre 0,25 % et 0,5 %, ce qui a pourtant été pratiqué par toutes les banques centrales occidentales. Vouloir se distinguer des autres c'est bien, éviter d'étouffer la reprise eurolandaise dans l'œuf c'est mieux… Toujours est-il qu'après avoir augmenté son taux refi en juillet 2008, c'est-à-dire en pleine récession de la zone euro, la BCE a quand même réussi à se faire violence et à engager un mouvement d'assouplissement monétaire historique. D'où une question essentielle qui vaut d'ailleurs pour l'ensemble des banques centrales de la planète : jusqu'à quand ? Car, après avoir « sauvé » la sphère économico-financière, les banques centrales vont devoir désormais se lancer dans un fine tuning (réglage fin) à haut risque. Et pour cause : si elles remontent trop rapidement et trop fortement leurs taux directeurs, elles risquent d'émousser la reprise actuelle avant qu'elle n'ait pu enclencher le moteur des créations d'emplois.
Impensable pour le plus grand nombre il y a encore quelques mois, la reprise économique mondiale ne fait aujourd'hui plus de doute. Pourtant, au-delà des chiffres d'activité et des données d'enquêtes qui vont globalement dans le bon sens, cette reprise n'en demeure pas moins hautement fragile et surtout réversible. En effet, jusqu'à présent, le rebond était plutôt aisé, dans la mesure où il s'appuyait principalement sur un effet de rattrapage d'une dégringolade excessive car liée à un mouvement de peur généralisée. A partir du moment où la panique s'est estompée et où les acteurs économiques et financiers de la planète ont retrouvé leurs esprits, la reprise devenait alors presque mécanique. Et ce, d'autant qu'elle était largement stimulée par une relance mondiale pharaonique, que ce soit en termes de baisse des taux directeurs des banques centrales, d'injection massive de liquidités ou encore de relances budgétaires pléthoriques (5 000 milliards de dollars à l'échelle planétaire, soit près de 9 % du PIB mondial). Face à ce déploiement historique de forces anti-récession, la déflation et le scénario catastrophe type krach des années 30, pourtant presque unanimement annoncés, ont donc été évités. Mais, au-delà de ces apparences favorables, c'est maintenant que la crise devient la plus dangereuse. Car, une fois le boulet de canon évité de justesse, l'économie et les marchés financiers internationaux pourraient se considérer hors d'atteinte et promis inévitablement à des lendemains meilleurs. Dès lors, ils pourraient baisser la garde et repartir dans les vieux travers qui prévalaient encore lors du printemps-été 2008. Plus que jamais, nous devons donc faire preuve de responsabilité économique, en rejetant tout parti pris politique ou dogmatisme idéologique. Nous devons tous nous retrousser les manches pour ne pas gâcher la reprise. A ce sujet, le changement de stratégie économique de l'Allemagne constitue une véritable lueur d'espoir...
Dire qu'il y a tout juste un an, la plupart des banques de la planète et plus globalement le secteur financier international dans son ensemble étaient à l'agonie. Selon la pensée dominante de l'époque, les faillites de banques allaient se multiplier, modifiant profondément les structures mêmes du capitalisme. Un an plus tard, la situation a bien changé, non seulement parce que les banques ne sont plus au bord de la faillite, mais surtout parce qu'elles gagnent de l'argent, si bien que leurs cours de bourse ont flambé et qu'elles peuvent désormais rembourser les prêts publics. Si cette rédemption est évidemment une bonne nouvelle, elle appelle néanmoins à une évolution des banques. Car, si ces dernières se remettent à gagner leur vie sur les marchés (et c'est tant mieux, sachant que les excès des dernières années ne seront heureusement pas renouvelés, compte tenu notamment de la forte réduction du prop trading), elles doivent désormais redévelopper leur vrai métier, en l'occurrence l'irrigation de l'économie via l'octroi de crédits aux entreprises et aux ménages. En fait, personne n'a intérêt à une raréfaction du crédit bancaire, à commencer par les banques elles-mêmes. Ces dernières doivent ainsi se souvenir qu'elles augmenteront et fidéliseront leurs clients en étant présentes lorsque ceux-ci ont besoin d'elles. Les banques doivent donc adopter un comportement plus responsable et plus constructif, en abandonnant leur traditionnel « appelez-nous si vous n'avez besoin de rien »…
Régulièrement depuis une trentaine d'années, la rumeur se répand à tel point qu'elle devient une certitude : l'époque du dollar roi est révolue. A chaque fois, c'est la même rengaine : plombés par des déficits abyssaux, affaiblis par la crise économique, les Etats-Unis n'ont plus le choix et vont devoir abandonner le dollar étalon. Pourtant, à chaque fois, tel le Phénix, le billet vert renaît de ses cendres et ne laisse aucune chance à ses soi-disant concurrents potentiels. Cette chronique d'une mort annoncée qui n'a finalement pas lieu commence avec la guerre du Vietnam. Aujourd'hui, les arguments n'ont quasiment pas changé : compte tenu de leur dette publique et de leur soi-disant affaiblissement économique, les Etats-Unis vont devoir abandonner leur dollar-roi. Mais, selon nous et comme d'habitude, il n'en sera rien. Et ce, pour au moins trois raisons. Primo, il n'existe toujours pas de concurrent sérieux au dollar. Secundo, le seul concurrent potentiel du billet vert s'appelle le yuan, mais les Chinois ne sont pas encore prêts, tant économiquement que financièrement. Tertio, il est clair que les Etats-Unis ne se laisseront pas voler la vedette sans rien dire et surtout sans rien tenter. En fait, personne n'a aujourd'hui intérêt à la fin du rôle central mais aussi stabilisateur du dollar au sein du SMI. Car lorsque cela se produira, la planète connaîtra une crise bien plus grave et durable que celle que nous avons connue en 2008-2009. Alors, de grâce, chaque crise en son temps, si possible avec un intervalle d'au moins dix ans, histoire de souffler un peu…
Quel point commun peut-il bien y avoir entre Barack Obama, le Fonds Monétaire International et l'Irlande ? La réponse est simple : en moins d'une semaine, le Président américain, l'Institution financière et le pays européen ont été marqués par un revirement de situation notable, du moins en apparence.
Avant toute chose, ayons une pensée émue pour « le » François Fillon de 2007 qui vilipendait avec force le dérapage des comptes publics et qui annonçait que, compte tenu de sa dette explosive, la France était au bord de la faillite. Aujourd'hui, la donne a bien changé puisque le même homme au même poste a présenté un budget 2010 prolongeant le déficit abyssal et historique de 2009. Les chiffres sont malheureusement sans appel : le déficit public devrait atteindre 140 milliards d'euros en 2009, soit 8,5 % du PIB, puis 8,2 % en 2010, mais qui, compte soit « seulement » 116 milliards, du moins selon les dires du gouvernement.
Une personne ayant pris un congé sabbatique de huit mois sur une île déserte coupée du monde (par exemple, pour ne pas avoir à subir les affres de la catastrophe économique tant annoncée) n'en croirait pas ses yeux. Lors de son départ du « monde moderne » en mars dernier, la crise paraissait inextinguible. Les marchés boursiers s'enfonçaient dans une ampleur oubliée depuis le krach de 1929, les entreprises déstockaient, désinvestissaient et licenciaient massivement, le G20 s'apprêtait à se réunir pour essayer de sauver ce qu'il pouvait. Quant aux économistes et observateurs de la chose économique, ils étaient, dans leur écrasante majorité, formels : la reprise n'aurait pas lieu avant 2012.
Ah qu'elle semble loin l'harmonie du sommet du G20 de Londres du 2 avril 2009 ! A l'époque, les pays les plus puissants de la planète n'avaient pas le droit à l'échec. La crise avait atteint son paroxysme si bien que la grande majorité des prévisionnistes et des institutions officielles, et notamment le FMI, annonçaient le pire, laissant croire au monde entier qu'il était en train de s'engager dans une dépression au moins aussi forte que celle de 1929. Dans ces conditions, le G20 devait absolument afficher une réussite, même de façade, de manière à sauver le système.
Depuis un siècle (et même bien au-delà), le mois de septembre n'a cessé d'être marqué par des catastrophes. Malheureusement ou heureusement, l'être humain dispose de cette force ou de cette faiblesse qu'on appelle l'oubli, surtout lorsqu'il n'a pas vécu l'événement dont il faut se souvenir (les philosophes expliquent même que, sans l'oubli, la vie serait impossible). C'est peut-être pourquoi, le mois de septembre nous fait régulièrement des piqures de rappel. Ainsi, comment oublier, du moins pour notre génération, le 11 septembre 2001, qui a définitivement changé la face géopolitique du monde ? Encore plus proche de nous, et même s'il sera évidemment moins dramatique en termes de vies humaines, un autre événement a changé la face économico-financière de la planète. C'était il y a tout juste un an, en l'occurrence la faillite sèche et sauvage de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.
Tout juste deux ans après l'éclatement de la crise des subprimes début août 2007 et alors que la planète économico-financier se prépare à « célébrer » le premier anniversaire de la faillite de Lehman Brothers, c'est vraisemblablement au tour de la grippe A de semer le trouble. Pis, selon certains Cassandres qui ont décidemment la dent dure, celle-ci pourrait casser l'actuelle reprise économico-boursière qui reste d'ailleurs très fragile. Autrement dit, ce que les « cupides » marchés financiers et les « méchants » traders n'ont pas réussi à faire, de simples microbes vont y parvenir. Ouf ! Les Bearish vont pouvoir se refaire une santé, à moins qu'ils n'attrapent la grippe… Blague à part et aussi étonnant que cela puisse paraître, ces trois fléaux sont réunis par un point commun, à savoir la désinformation.
Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort
Est-ce la chaleur électrique de l'été, est-ce le manque de catastrophes ou encore la nécessité de créer l'événement ex nihilo ou peut-être tout à la fois ? Toujours est-il que la presse française a de nouveau décidé de tirer sur les banques et en particulier sur leurs traders. Il faut dire que, depuis quelques mois, les marchés vont mieux, l'économie mondiale montre des signes tangibles d'amélioration, déjouant les scénarii consensuels d'écroulement planétaire tant avancés en particulier dans les médias français. Autrement dit, tout allait trop bien, il fallait bien que cela cesse. C'est ainsi qu'au détour de la publication des résultats de la première banque française, BNP Paribas, un nouveau scandale va être monté de toute pièce : 1 milliard d'euros a été provisionné pour payer les bonus des traders... Evidemment, prise brute, l'information a de quoi choquer, mais attention ne tombons pas dans le piège de la désinformation... Un exemple : le jeudi 6 août, le journal « Libération » fait sa une avec une photo d'opérateurs de notre salle de marchés avec pour légende « Traders de la société Global Equities ». Le même jour, le Figaro publie deux photos avec les mêmes personnes et la même légende. Et ce évidemment sans prévenir ou demander une autorisation. Mais le plus beau n'est pas là, car, comme nos lecteurs le savent, chez Global Equities, il n'y a pas de traders…
Il y a quasiment un an (le 8 août 2008 pour être précis), nous écrivions dans ces mêmes colonnes, une chronique intitulée « Cachez cette récession que je ne saurais voir… ». A l'époque, nous soulignions le refus de la grande majorité des dirigeants politiques et monétaires européens (en particulier en France) de reconnaître l'avènement d'une récession dans la zone euro, notamment en France, depuis le printemps 2008. A les entendre, le mot « récession » n'avait pas de sens et il était donc tout à fait justifié d'augmenter le taux refi de la BCE, de maintenir l'euro à 1,60 dollar et de ne pas engager de soutien fiscal à l'activité. La suite des publications statistiques a pourtant montré qu'avant même la faillite de Lehman Brothers, le PIB a baissé au deuxième et au troisième trimestre, tant dans la zone euro qu'en France. La panique financière de l'automne n'a évidemment rien arrangé, engageant le monde dans une spirale de pessimisme et de défaitisme massif. Cette spirale dévastatrice a tellement bien fonctionné qu'aujourd'hui nous vivons la réciproque de la situation de l'été 2008 dans la mesure où quasiment personne ne veut croire au rebond tant boursier qu'économique qui se dessine depuis le printemps dernier. Et pour cause : dans la mesure où 95 % des intervenants financiers, des prévisionnistes et autres observateurs de la chose économique n'ont pas anticipé ce rebond, ils ne veulent non seulement pas y croire, mais, au surplus, persistent à annoncer que la rechute forte et durable est inévitable.
Depuis quelques années à travers le monde et surtout depuis quelques semaines dans l'Hexagone, l'économie verte fait un véritable tabac. Mais, au-delà de ce succès marketing, il ne faudrait cependant pas tomber dans le piège de la mode et du mimétisme qui consisterait à penser qu'en dehors du « vert » point de salut, en particulier parce que derrière cette « noble cause » peuvent se cacher des sous-entendus très pernicieux voire dangereux, à commencer par la théorie de la décroissance. Ainsi, la « green economy » constitue à la fois une chance pour l'avenir économique de la planète mais aussi un danger dont il est pour le moment difficile de parler, tant les esprits restent enchantés par la vision d'un monde vert.
Après Pinay en 1952, Giscard en 1973, Mauroy en 1983 et Balladur en 1993, la France va donc vraisemblablement se lancer dans un grand emprunt Sarkozy. Il faut dire que plus de quinze sans grand emprunt, cela commençait à faire beaucoup…
Après plus de trois mois de fort rebond des marchés boursiers, il fallait bien que cela se calme un peu. Histoire de prendre ses bénéfices et de se préparer pour un nouveau rallye de fin d'année. D'ici là cependant, les marchés et plus globalement l'économie mondiale vont devoir, une fois de plus, affronter toute une série de risques qui empêcheront toute euphorie durable, sans pour autant inverser le rebond esquissé depuis mars dernier. A l'instar des péchés capitaux, ces risques sont, selon nous, au nombre de sept.
Depuis neuf mois, on ne parle que de crise, de récession, de relance keynésienne ou encore, depuis quelques semaines, de reprise technique. Toutes ces préoccupations sont évidemment parfaitement justifiées. Néanmoins, en se concentrant sur le présent, c'est-à-dire sur le conjoncturel, elles font l'impasse sur l'essentiel, à savoir l'état structurel de nos économies. En effet, compte tenu du choc négatif d'envergure qu'elle représente, la crise de ces derniers trimestres aura forcément des conséquences concrètes et très souvent négatives sur la croissance structurelle des différents pays et zones de la planète. Même si la crise n'est pas encore complètement terminée, il paraît donc opportun de faire le point sur ce thème et d'établir une estimation des nouvelles croissances structurelles. Selon nos estimations, l'impact négatif de cette crise sur la croissance structurelle sera de l'ordre de 0,5 point. Cela signifie donc que celle des Etats-Unis a retrouvé son niveau des années 90, à 2,5 %, mais aussi que celle de la zone euro n'est plus que de 1,3 %. En d'autres termes, notre base de départ est bien plus basse qu'aux Etats-Unis et qu'il y a quinze ans. Le plus problématique réside dans le fait que pour engager un cercle vertueux de fortes créations d'emplois, une croissance d'au moins 2 % est nécessaire et que cette dernière doit atteindre 3 % pour éviter l'explosion de la bulle de la dette publique à partir de 2012-2015 (liée notamment au non financement de la retraite par répartition dans la plupart des pays de la zone euro).
Un petit mensonge vaut mieux qu'une grosse catastrophe. Qui n'a jamais pensé ou mis en pratique ce vieil adage ? Pas grand monde. Pourtant, si une telle pratique sied plutôt bien à la réalité du quotidien et peut même parfois devenir indispensable pour la bonne tenue des relations humaines, elle peut au contraire devenir dramatique lorsqu'elle s'applique à la sphère économico-financière. Et en particulier lorsque cette dernière est dominée par le court-termisme et devient ainsi la proie de toutes les incertitudes et rumeurs en tout genre.
La sortie de crise et l'évitement d'une période comparable au marasme des années 1930 ne tomberont pas du ciel et ne seront que les produits des nombreuses décisions de politiques économiques (tant budgétaires que monétaires) prises à travers la planète, auxquelles s'ajouteront ou non les comportements positifs des différents acteurs privés, qu'il s'agisse des entreprises ou des ménages. Dans cette chaîne pour la reprise, pas un maillon ne doit manquer sous peine d'amoindrir l'amélioration de l'activité voire de transformer le rebond en un simple intermède entre deux tunnels. C'est pourquoi, en refusant d'abaisser au maximum son taux refi et en maintenant par là même un euro trop fort, la BCE fait courir un risque énorme à la zone euro qui pourrait donc bien être le parent pauvre de cette crise, c'est-à-dire l'une des zones les plus touchées du monde développé.
Un Cac 40 à plus de 3 200 points, un euro à 1,40 dollar, des taux d'intérêt à dix ans à presque 3,5 % aux Etats-Unis, un baril à 60 dollars. Qui l'eut cru ? Ces résultats apparaissent d'autant plus détonants qu'il y a encore quelques semaines, rares étaient ceux qui auraient misé le moindre kopeck sur de telles évolutions. Ainsi, il y a environ trois mois, ces mêmes grandeurs financières atteignaient des niveaux de 2 500 pour le Cac, de 1,24 dollar pour un euro, de 2 % pour le taux dix ans américain ou encore de 39 dollars le baril.
Le paradoxe est de taille : le glissement annuel des prix à la consommation est de 0,6 % dans la zone euro, 0,1 % en France, - 0,3 % au Japon et - 0,4 % aux Etats-Unis. Pourtant, de nombreux économistes et observateurs de la chose économique nous annoncent le retour imminent de l'hyperinflation. A croire qu'avec la crise, les notions de pondération, de calme ou encore de rationalité ont disparu de la circulation.
Après la pluie, vient le beau temps ; après la nuit, le jour se lève. La sagesse populaire ne manque pas de dictons pour relativiser les difficultés et garder l'espoir de lendemains meilleurs. Pour autant, il arrive parfois que les proverbes ne se réalisent pas et que les crises soient tellement longues qu'elles affectent plusieurs générations avant de se résorber. C'est exactement ce qu'ont voulu et veulent encore nous faire croire une large majorité des économistes, prévisionnistes et autres observateurs de la chose économico-financière.
Après dix huit mois de pessimisme et de bear market, les investisseurs boursiers n'osaient plus y croire. Si bien que la quasi-totalité d'entre eux n'a pas réussi à anticiper le rebond enregistré depuis huit semaines, non par manque de professionnalisme, mais tout simplement par aveuglement. Cet aveuglement est d'ailleurs tellement fort que l'embellie observée depuis début mars reste majoritairement analysée comme un mouvement passager qui sera suivi par une forte correction baissière. D'ailleurs, en renfort de cette thèse, le FMI vient encore de réviser en baisse ses prévisions de croissance mondiale. N'oublions cependant pas que les prévisions du FMI restent structurellement parmi les plus mauvaises de la planète.
Décidément, la Réserve fédérale américaine ne veut laisser aucune chance à la déflation. En effet, non contente d'avoir abaissé son taux objectif des federal funds dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25 %, non contente d'avoir repris à son compte une partie conséquente des créances douteuses des banques américaines, non contente d'avoir financer directement les pertes de Freddie Mac et Fannie Mae, la Fed se lance désormais dans la « planche à billet ».
Depuis le début des années 2000, les pays émergents se sont illustrés par une croissance forte et un effort de rattrapage considérable. A tel point que, depuis 2002, ils réalisent les deux tiers de la croissance mondiale. Cette part est d'autant plus significative, qu'il y a trente ans, ces pays, qu'on appelait alors des PVD (pays en voie de développement) ne représentaient que 10 à 15 % de la croissance mondiale. C'est dire combien la mondialisation, notamment grâce aux transferts de capitaux et de technologies qu'elle a permis, a été une chance pour le monde émergent. C'est d'ailleurs grâce à (ou à cause de) ce dynamisme que la croissance mondiale a pu atteindre 5 % par an en moyenne de 2002 à 2007 et ce en dépit d'un cours du baril qui est passé sur la même période de 22 à 100 dollars.
Tout a commencé il y a une vingtaine de jours avec quelques déclarations de Barack Obama faisant état du proche redémarrage de l'économie américaine. Ainsi, après avoir noirci volontairement le tableau pour faire voter sans tarder son plan de relance par le Congrès, le nouveau Président des Etats-Unis a vite retrouvé son rôle de tribun de grand talent pour appeler à la reprise, conscient que cette dernière ne pourra se produire qu'en sortant de la crise de confiance qui s'est installée outre-Atlantique depuis la calamiteuse faillite de Lehman Brothers. Ensuite, il y a eu les premières questions de certains clients et journalistes qui, après n'avoir juré que par la crise et le « bear market », commencent à en avoir assez de ces funestes desseins et préfèrent nous demander « et la reprise c'est pour quand ? ». Nous devons avouer que, les premières fois, nous avons eu un choc et avons dû nous pincer pour vérifier que nous ne rêvions pas.
Optimistes, pessimistes, catastrophistes. Les prévisions économiques et financières font aujourd'hui l'objet de tous les commentaires et de toutes les critiques. Et cela est tout à fait normal. En effet, il est logique, honnête et surtout constructif d'accepter les débats et les oppositions de manière à essayer de réaliser les meilleures prévisions possibles. Sans néanmoins se laisser avaler par le consensus et la pensée unique.
A quinze jours du sommet du G20 de Londres, les spéculations vont bon train. D'aucuns vont même jusqu'à prévoir la fin du capitalisme et l'avènement d'un nouveau monde, où les Etats seraient surpuissants, où les frontières se refermeraient, avec réduction des marchés financiers à peau de chagrin et où le capital serait tellement taxé qu'il imposerait aux entreprises privées encore survivantes de se rallier à la toute puissance publique. Tout un programme… Au-delà de son aspect utopique et extrêmement dangereux pour la stabilité économique, politique et sociale de la planète, cette opinion surprend surtout parce qu'elle réussit à se diffuser à la vitesse de l'éclair et est même parfois présentée comme une solution crédible. Cela nous rappelle les ravages que peut causer la faiblesse de la culture économique dans l'Hexagone. En effet, devant l'inconnu ou la méconnaissance, la peur et les idées fausses se généralisent avec une extrême facilité. Or, lorsque l'Homme est habité par la peur et le mensonge, il est capable du pire.
En ces temps de crise où tout paraît sombre, où les acteurs économiques perdent un à un tous leurs repères, la tentation de la capitulation est forte. Et bien oui : pourquoi se fatiguer à oser garder l'espoir, autant suivre le troupeau comme tout le monde, acheter de l'or ou des terres arables et attendre que la fin du monde arrive.
Baisse historique du PIB français et européen, hausse vertigineuse du chômage un peu partout dans le monde, résultats des entreprises globalement décevants, annonce de plans de licenciement, poursuite de la baisse des indices boursiers à travers le monde, écroulement des pays d'Europe de l'Est, guérilla urbaine en Guadeloupe… A l'évidence, les dernières nouvelles de la planète sont guère réjouissantes et risquent de donner envie à certains de baisser les bras, en sombrant dans un pessimisme démesuré. Si la tentation de noircir le tableau est évidemment forte voire pratique pour certains, elle constitue inévitablement la pire des solutions. En effet, après un an et demi de crise, nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins. Soit nous nous décourageons et nous sommes alors sûrs de perdre, car le pessimisme est, par définition, auto-réalisateur et par là même destructeur. Dans ce cadre, comme nous l'écrivions déjà en octobre dernier, il faut se barricader, s'acheter un lopin de terre pour cultiver ses légumes et élever ses chèvres, tout en se munissant d'un fusil pour défendre le tout…
Depuis un peu plus d'un an, la plupart des experts étaient pourtant formels : les Etats-Unis devaient sombrer dans une grave récession alors que la zone euro devait souffrir mais néanmoins sortir la tête de l'eau. A l'inverse, depuis un an, nous soutenons que le marasme économique sera bien plus sérieux de ce côté-ci de l'Atlantique que chez l'Oncle Sam.
1000 projets pour la relance française c'est beaucoup. Peut-être même trop selon certains, puisque cela risque de diluer excessivement l'effort de relance et par là même de réduire son efficacité.
Dire qu'il y a encore quelques trimestres, le monde bancaire et de la finance constituait la voie royale de la réussite professionnelle. A tel point qu'elle faisait rêver de nombreux étudiants en quête de succès rapide et rémunérateur. A l'évidence, qu'ils soient ingénieurs, mathématiciens ou tout simplement universitaires, ces ex aficionados de la finance vont devoir changer leurs plans ou du moins revoir leurs prétentions à la baisse. En effet, après avoir fait l'objet de toutes les convoitises et de tous les superlatifs professionnels, le secteur de la banque-finance est en train de devenir la sidérurgie des années 80.
Comme nous l'avons explicité le 9 janvier dernier dans ces mêmes colonnes, l'année 2008 a été l'année de toutes les mauvaises surprises. A tel point que les investisseurs et la grande majorité des acteurs économiques à travers le monde ne veulent plus voir que les mauvaises nouvelles, sombrant par là même dans le pessimisme le plus obscur.
Bien entendu, il faut se réjouir de la baisse du taux refi de 50 points de base opérée le 15 janvier. Compte tenu des dérapages habituels de la BCE et des déclarations récentes de certains de ses dirigeants, celle-ci aurait effectivement pu maintenir ses taux inchangés, histoire de souligner une fois encore sa stratégie de faucons qui, sous couvert d'indépendance à toute épreuve, constitue en fait une dépendance à l'orthodoxie monétariste…
Assurément, 2008 restera l'année de toutes les mauvaises surprises.
Depuis l'été 2007 et le début de la crise des subprimes, on pensait avoir tout vu : refus des banques de se prêter entre elles sur le marchés interbancaire, plongeon boursier, pertes abyssales de certaines institutions financières, écroulement du billet vert, baril à 150 dollars, blé à 13 dollars le boisseau, hausse des taux directeurs de la BCE en pleine récession eurolandaise, faillite de Bear Stearns puis de Lehman Brothers, panique des particuliers allant retirer leurs liquidités aux guichets de certaines banques, plan de sauvetage bancaire refusé par le Congrès américain, avènement d'une récession mondiale, voire d'une déflation planétaire.
Depuis un peu plus de deux mois, le Cac 40 est devenu une véritable girouette : - 23,9 % du 1er au 27 octobre, + 20,3 % au cours des six jours suivants, - 21,9 % du 5 au 21 novembre, + 13,2 % la semaine suivante, - 8,4 % ensuite et enfin + 4,5 % la semaine dernière. Lorsqu'en septembre dernier, nous écrivions que les amateurs des montagnes russes seraient gâtés sur les marchés boursiers, nous étions loin d'imaginer que la volatilité de ces derniers serait si forte.
Les ménages sont formidables. Qu'ils soient américains, allemands ou français, ils refusent de céder au pessimisme et indiquent une légère amélioration de leur moral dans les enquêtes de conjoncture menées auprès d'eux. Certes, aux Etats-Unis, un effet Obama a certainement joué permettant par là même aux Américains de retrouver quelques couleurs. A l'inverse, que ce soit en Allemagne et en France, aucun effet de ce genre n'est observable, même s'il est vrai que les Français pourraient trouver satisfaction à voir leur Président mis en valeur sur la scène internationale lors de la crise financière. Toujours est-il que dans un contexte d'augmentation du chômage, de morosité exacerbée des entreprises, l'augmentation du moral des ménages a de quoi surprendre. Ainsi, après avoir augmenté de deux points en octobre, l'indice de confiance des ménages français en a gagné 3 en novembre, retrouvant un « plus haut » depuis mai 2008.
De mal en pis. Après être entrée en récession dès le printemps 2008, soit bien avant la panique bancaire et boursière de septembre-octobre, la zone euro ne présente aucun signe de redémarrage à court terme. Ainsi, après avoir déjà plongé de 31,6 points entre l'été 2007 et octobre 2008, l'indice de sentiment économique calculé par la Commission Européenne pour l'ensemble de l'Euroland en a encore perdu 5,1 sur le seul mois de novembre.
Ah qu'elle paraît loin la fièvre acheteuse dont faisait preuve les ménages français il n'y a encore pas si longtemps... Après la bonne surprise de septembre, la morosité a donc malheureusement repris le dessus en octobre sur le front de la consommation française.
Comme chaque fin d'année, les rédactions des grands journaux de la planète phosphorent pour décerner le titre d'homme de l'année. Ce dernier n'est pas forcément un bienfaiteur de l'humanité mais est généralement celui qui a le plus marqué les esprits de par ses actions. Ainsi, en 2001, les deux hommes qui reçurent ce « prix » furent George Bush et Ben Laden, pour les tristes raisons que nous savons. L'an passé, le Financial Times décerna ce titre à Jean-Claude Trichet pour avoir refusé de baisser ses taux d'intérêt et avoir annoncé avant tout le monde que l'hyperinflation était à nos portes et allait déferler sur l'Euroland en 2008.
Sans surprise, la BCE a donc abaissé son taux refi de 0,5 point. Avec un niveau de 3,25 %, celui-ci retrouve donc un niveau relativement accommodant.
C'est impressionnant. Alors que les marchés financiers internationaux et leurs acteurs paniquent, alors que les gouvernements de la planète s'affolent, alors que les chefs d'entreprise broient du noir et tandis que les « meilleurs » économistes et analystes du monde se sont lancés dans une surenchère de pessimisme, les ménages français continuent de consommer.
Face à la débâcle boursière, les gouvernements du monde entier essaient d'inverser la tendance. Mais sans véritable réussite. Aussi, plutôt que de céder au pessimisme, nous avons le devoir de rappeler qu'aujourd'hui, les valorisations boursières n'ont plus rien à voir avec la réalité économique.
Les animal spirits décrits pas Keynes dans les années 20 n'ont certainement jamais aussi bien décrit le comportement des marches qu'aujourd'hui. En effet, face à l'incertitude et à la peur, les investisseurs suivent le troupeau tête baissée, fonçant tout droit vers le vide. Les amateurs de Rabelais retrouveront ainsi sans difficultés la matérialisation des fameux moutons de Panurge.
Alors que nous l'annonçons depuis le début 2008 et alors que les dirigeants politiques ne cessent de se voiler la face depuis au moins aussi longtemps, l'INSEE vient de reconnaître que la France était bien entrée en récession au printemps dernier. En effet, notre Institut National de la Statistique vient d'annoncer qu'après avoir déjà reculé de 0,3 % au deuxième trimestre, le PIB français a baissé de 0,1 % au troisième trimestre et en ferait de même au quatrième. Autrement dit, non seulement la définition technique de la récession (deux trimestres consécutifs de baisse du PIB) est réalisée, mais bien pire, cette récession s'avère durable et profonde.
La crise financière n'est pas encore terminée, mais la recherche des coupables, ou plutôt des boucs émissaires, a déjà commencé. Les coupables sont évidemment faciles à trouver puisque, si l'on en croit les dirigeants politiques européens, il s'agit des « méchants » financiers qui ont joué avec la vie de millions de personnes dans un simple but vénal. Dès lors, à les entendre, la solution résiderait dans une augmentation de la réglementation qui empêcherait ainsi les comportements malsains des « voyous » de la finance. Et pourquoi pas un peloton d'exécution place de la Concorde pour les plus véreux ?
Les scénaristes des films catastrophes américains peuvent aller se rhabiller. La réalité dépasse aujourd'hui la fiction. En effet, après le drame des attentats du 11 septembre 2001 qu'aucun producteur hollywoodien n'aurait pu imaginer et même si elle évidemment moins coûteuse en vie humaine, la crise financière que nous vivons depuis plus d'un an est digne des plus grands films catastrophes qu'a réalisé l'Oncle Sam.
Il faut s'y préparer, à l'instar des trois derniers mois, la fin d'année 2008 sera particulièrement volatile sur les marchés boursiers internationaux. La raison de base en est assez simple : la visibilité est nulle. Ce faisant, les investisseurs naviguent à vue, passant en quelques heures de la plus grande déprime à la plus grande euphorie, puis de nouveau au pessimisme viscéral…
Chaque jour sur les marchés, les ours (bears) et les taureaux (bulls) s'affrontent, les premiers défendant violemment le pessimisme et la déprime boursière, les seconds tentant de démontrer le contraire et de croire en l'avenir. Cette sémantique animalière ne fait finalement que refléter les animal spirits (instincts animaux) explicités par Keynes dans les années 1920 pour expliquer le mimétisme qui prévaut structurellement sur les marchés financiers. En effet, il arrive très régulièrement et de manière structurelle que le combat entre les bulls et les bears soit perdu ou gagné d'avance. Il s'agit alors de périodes de bulle au cours desquelles le pessimisme est oublié ou du moins galvaudé, et de l'autre côté du prisme des possibles, des situations de krach brutal ou rampant, pendant lesquelles la moindre lueur d'espoir est honnie.
Depuis trois mois, la France ne cesse de jouer de malchance : élimination de son équipe de football dès le premier tour de l'euro 2008. torpillage de la Présidence française de l'Union européenne par le Non Irlandais, .temps exécrable sur la majorité de son territoire cet été, et surtout baisse de 0,3 % de son PIB au cours du deuxième trimestre. Pis, l'évolution récente des indicateurs avancés de la conjoncture (que ce soit dans l'industrie, les services ou encore la construction) indique qu'une variation nulle ou négative du PIB est également sur le point d'être enregistrée au troisième trimestre.
- 0,5 % en Allemagne, - 0,3 % tant en France qu'en Italie, - 0,2 % pour l'ensemble de la zone euro. Non, il ne s'agit pas d'un simple trou d'air, mais bien d'une récession.
Lorsqu'il y a environ six mois, nous écrivions dans ces mêmes colonnes que les Etats-Unis devraient éviter la forte récession mais que c'était plutôt la zone euro qui était menacée par cette dernière, nous n'étions pas pris au sérieux. Lorsqu'il y a trois mois, nous exprimions notre agacement à l'égard d'une BCE sourde à la réalité économique, qui ne cessait de répéter que la croissance eurolandaise se portait durablement à merveille, on nous demandait de nous taire. Et pourtant !
Et ca continue, encore et encore... Malheureusement, les statistiques relatives à l'économie française se suivent et se ressemblent : elles ne cessent de décrire une activité fragile et de plus en plus moribonde. Cette semaine n'a pas dérogé à cette triste règle. Ainsi, alors qu'elle aurait pu être marquée par la ratification parlementaire de la Loi de Modernisation Economique (LME), cette troisième semaine de juillet restera certainement ancrée dans les esprits comme celle qui a confirmé le plongeon de l'économie française au mieux vers la stagnation, au pire vers la récession.
Ce qui devait arriver arriva et arrivera. C'est malheureusement la triste synthèse des statistiques récentes et à venir de l'économie française. En effet, après le plongeon de la confiance des ménages et des chefs d'entreprise tant dans l'industrie que dans les services, après le nouveau record historique du déficit extérieur et avant la rechute de la consommation en juin, la production industrielle française a enregistré un plongeon de 2,6 % sur le seul mois de mai.
« Pourquoi a-t-on créé les économistes ? Pour que les météorologues ne soient pas les seuls à se tromper ». Au-delà de cette boutade bien connue (qui rappelle néanmoins que les économistes doivent avant tout faire des prévisions et pas seulement se résoudre à décrire le passé, tout en étant constamment habités par un esprit d'humilité), il y a depuis quelques années une nouvelle similitude entre ces deux professions.
A l'évidence, la France n'a vraiment pas brillé sur la scène européenne au cours du premier semestre 2008 : perte d'une place dans le classement de la croissance européenne, désormais juste derrière le Portugal et juste devant l'Italie qui s'enracine à la dernière place ; dégradation des relations franco-allemandes, par manque d'engagement clair de l'Hexagone en matière de réformes de la dépense publique ; et enfin élimination dès le premier tour de l'Euro 2008 en n'ayant marqué que deux buts, dont un contre son camp…
A force d'avoir été annoncée presque partout et notamment par de nombreux « spécialistes très éminents », la récession risque bien de faire son grand retour. Cependant, alors qu'une large majorité de prévisionnistes l'attendait aux Etats-Unis (elle devait même être la plus grave depuis l'après-guerre), c'est finalement en Europe que la probabilité du retour de la récession est la plus forte.
Remontée des taux de la BCE en juillet, certainement à l'automne pour la Réserve fédérale, américaine, retour des rumeurs sur l'Iran, risque de nouvelle flambée des cours du pétrole, craintes de nouvelles dévalorisations d'actifs pour les banques américaines et européennes, relance de la crise du crédit, notamment via les cartes bancaires, puis assèchement de la consommation, notamment outre-Atlantique, menaces terroristes prises très au sérieux par les autorités chinoises à l'occasion des Jeux Olympiques de Pékin…
Après plus de quinze ans d'absence sur les podiums des craintes économiques mondiales, l'inflation a fait dernièrement son grand retour.
Depuis le XVIIème siècle et la naissance du capitalisme, les théories économiques n'ont cessé de se développer, se complétant parfois, s'opposant souvent, avec généralement pour but de devenir la théorie dominante. Depuis lors, l'histoire de la pensée économique a ainsi été une succession de périodes de gloire des différentes théories, les unes réfutant les autres et ne pouvant, du moins en apparence, subsister ensemble.
C'est certainement LA révolution économique (du moins en apparence) de l'actuelle législature, à savoir l'interdiction constitutionnelle du déficit budgétaire en France. Malheureusement, et comme souvent dans l'histoire économico-politique française, cette révolution n'est qu'apparente et relève plus de la communication politique que de la crédibilité économique. Tout d'abord, si elle votée, cette réforme ne s'appliquera qu'à l'horizon 2012. D'ores et déjà, il est donc clair que les dirigeants actuels du pays n'auront pas à gérer cette « révolution » apparente, à moins qu'ils soient tous reconduits au pouvoir en 2012. En outre, au-delà du choc des mots, la réalité de cette annonce est beaucoup moins percutante qu'on pourrait le penser.
Il faut le reconnaître, nous n'avions pas anticipé que la croissance du PIB français atteindrait 0,6 % au premier trimestre 2008. Notre prévision d'une augmentation de seulement 0,3 % n'a donc pas été validée. Et le fait que le consensus prévoyait également une croissance faible à 0,4 % n'est évidemment pas suffisant pour nous réconforter. En fait, face à ce décalage, deux types de comportement sont possibles. Soit celui du profil bas et du retournement de veste, via une révision fortement haussière de notre prévision de croissance pour 2008 ; soit celui de la franchise qui nous impose de souligner que les comptes nationaux du premier trimestre nous paraissent mystérieux et nous amènent à appeler à la prudence : Non ! Madame Lagarde, ne criez pas victoire trop vite.
Ce dicton populaire bien connu a rarement été aussi juste qu'en ce mois de mai 2008. Non parce qu'il correspond au quarantième anniversaire de mai 68. Non parce que le printemps semble enfin arriver dans le ciel hexagonale. Non parce que les investisseurs boursiers semblent également retrouver quelque espoir. Mais surtout parce que le nombre de jours travaillés risque d'être l'un des plus faibles de l'histoire française récente.
Il y a parfois des prévisions qu'on souhaiterait ne pas voir se réaliser. Ainsi, il y a un an, alors qu'à l'instar des dirigeants politiques, le consensus des prévisionnistes annonçait une croissance française d'environ 2,3 %, nous paraissions bien pessimistes avec nos 1,8 %, soit seulement 0,1 point de moins que la réalité. Depuis six mois, bis repetita : nous annonçons une croissance de 1,4 % pour cette année et le gouvernement s'est entêté à maintenir sa prévision de 2 à 2,5 % pour finalement la ramener dans une fourchette de 1,7 % à 2 %.
Lors du sommet économique et financier du G7 dernier, une surprise de taille s'est produite : pour l'une des rares fois depuis le début des années 90, les dirigeants économiques et monétaires des soi-disant sept pays les plus riches de la planète ont osé l'impensable : rédiger un communiqué officiel faisant état de leur inquiétude quant à l'évolution excessive des devises internationales…
Alors que la flamme des jeux olympiques de Pékin passe de pays en pays et de fiasco en fiasco, la Chine, imperturbable, continue son bonhomme de chemin, défiant les règles usuelles de l'économie, de la finance et de la géopolitique. Ainsi, alors que l'ensemble des pays développés connaissent un ralentissement économique marqué, la Chine continue de croître à des rythmes supérieurs à 10 % en dépit du souhait de ses propres dirigeants de calmer la machine. En d'autres termes, alors que les pays occidentaux cherchent par tous les moyens à doper les chiffres de croissance, la Chine essaie de les limiter, en vain.
A l'instar de la spéculation qui fait partie intégrante de la vie des marchés financiers, les phénomènes de bulles et réciproquement de krach sont inévitables. Ils correspondent simplement au fait que la vie économique et financière est incertaine et que les investisseurs sont mus par ce que Keynes appelait les animal spirits, c'est-à-dire les instincts animaux qui font que, dans le doute, le mimétisme est préféré à la rationalité économique.
Encore une semaine difficile pour l'économie française : si la confiance des industriels a miraculeusement augmenté, celle des entreprises dans les services a poursuivi son plongeon, la confiance des ménages en a fait de même et le déficit public a atteint 2,7 % du PIB, se dirigeant tranquillement vers la barre des 3 % pour 2008. Plus les mois passent, plus l'équation s'annonce donc difficile pour nos dirigeants politiques mais aussi pour l'ensemble des citoyens français qui continuent donc de broyer du noir.
La Fed baisse ses taux sans "obéir" aux souhaits des marchés. Elle confirme ainsi qu'elle est prête à tout faire pour éviter une forte récession, mais aussi qu'elle sait garder son sang-froid. Autrement dit : il y a bien un pilote dans l'avion qui évitera le crash.
Comme nous l'évoquions il y a deux semaines dans cette même rubrique, il est de plus en plus difficile de garder espoir quant à l'évolution de la croissance mondiale et des marchés boursiers internationaux. Au fil des jours, les bataillons de « bearish » se garnissent et les résistants à ce pessimisme généralisé se font de plus en plus rares.
C'est fait ! Après quelques semaines de repli et de répit, les marchés ont finalement réussi à atteindre un de leurs objectifs tant attendus depuis des mois, en l'occurrence le franchissement de la barre des 1,50 dollar : il faut donc désormais « débourser » 1,52 dollar pour se procurer un euro.
Noir c'est noir ! Qu'ils soient Français, Américains, Européens, la plupart des investisseurs, gérants, économistes, analystes et autres acteurs des marchés apparaissent unanimes : 2008 sera une année de récession, de crise bancaire, de déprime boursière, voire pour certains de dépression au moins aussi forte qu'après le krach de 1929. Bref, à les entendre, il n'y a qu'une chose à faire : prendre neuf mois de vacances et revenir en 2009 quant tout ira mieux…
Sans surprise et très loin des prévisions consensuelles et gouvernementales d'il y a encore quelques mois, la croissance du PIB français n'a pas dépassé ni même atteint les 2 % en 2007. Certes, avec une croissance de 0,3 % au quatrième trimestre et de 1,9 % sur l'ensemble de l'année, les apparences sont sauvées.
L'atteinte d'un déficit extérieur record de plus de 39 milliards d'euros en 2007 reste une claque majeure pour l'économie française. Et ce, d'autant qu'il y a encore quelques mois, les dirigeants politiques hexagonaux annonçaient que le creusement du déficit commercial devrait progressivement se réduire…
Une grande banque française perd 50 milliards d'euros ? C'est la faute à un jeune trader isolé ! La croissance française poursuit sa dégringolade ? C'est la faute à la crise des subprime !
-6,8 % lundi, +2,1 % mardi, -4,3 % mercredi, + 6 % jeudi… A l'instar de l'ensemble des indices boursiers internationaux, le Cac 40 a vraiment connu une semaine folle. Et ce, d'autant qu'au cours des deux semaines précédentes, il avait déjà enregistré une extrême volatilité, baissant de 6,5 %. Depuis le début de l'année 2007, l'indice phare de la place de Paris essuie ainsi un plongeon de 12,5 %.
Les dirigeants français, à commencer par le premier d'entre eux, ont beau arborer un large sourire et annoncer que la croissance est sur la bonne voie, les Français n'y croient absolument pas. Pis, ils sont de plus en plus inquiets quant à leur avenir. Ainsi, après avoir déjà chuté de cinq points en novembre et de quinze points depuis juin dernier, l'indice de confiance des ménages calculé par l'INSEE en a encore perdu un en décembre. Avec un niveau de -29, il se rapproche encore un peu plus de son plancher de - 33 atteint en novembre 2005 lorsque la croissance du PIB « culminait » à 1,5 %.
Existerait-il un cycle décennal sur les marchés, avec le 7 comme chiffre porte-malheur du moins en apparence ? En effet, les années 1987, 1997 et 2007 font apparaître des similitudes troublantes. Ainsi, lors de la première partie de chacune de ces trois années, la croissance mondiale paraissait solide et les marchés financiers en excellente santé. Puis, pour des raisons certes différentes, le vent a tourné radicalement en milieu d'année, laissant craindre le pire pour l'année suivante. Ainsi, en cette fin d'année 2007, comme cela s'était observé fin 1987 et fin 1997, presque tous les prévisionnistes sont formels : en 2008, ce sera la récession !
Nicolas Sarkozy l'avait annoncé : il irait chercher le point de croissance qui manque à la France « avec les dents ». De là à contredire ses engagements de campagne en matière de droits de l'homme et à s'attirer les foudres de l'opposition mais aussi de ses propres partisans et même de certains de ses ministres, il n'y avait qu'un pas, que le Président français a donc choisi de franchir en recevant en grande pompe le colonel qui dirige la Lybie depuis 37 ans.
Un cap important a vraisemblablement été atteint cette semaine sur les marchés pétroliers internationaux. En effet, en dépit des demandes insistantes des pays occidentaux, les pays de l'OPEP ont décidé de ne pas augmenter leurs quotas de production quotidienne. Parallèlement, le stocks de bruts américains ont enregistré leur plus forte chute hebdomadaire depuis septembre 2004, atteignant un plus bas depuis mars 2005. Il y a quelques semaines, de telles évolutions auraient immanquablement généré une poussée de fièvre sur le prix du baril.
Nicolas Sarkozy ne jouera donc pas les pères Noël en 2007. En effet, soulignant que les « caisses sont vides », il n'a pas annoncé de mesures conséquentes susceptibles de soutenir significativement le pouvoir d'achat des Français. Pourtant, comme l'a montré l'enquête INSEE réalisée auprès des ménages en novembre, ces derniers sont très inquiets quant à l'avenir de leurs finances personnelles mais aussi quant à l'évolution future du niveau de vie en France.
On ne sait pas encore précisément les mesures qui seront annoncées par Nicolas Sarkozy pour améliorer le pouvoir d'achat des Français, mais une chose paraît déjà sûr : après avoir cédé aux marins-pêcheur, avoir laissé s'éterniser une grève coûteuse dans les transports pour finalement revenir en partie sur la réforme annoncée au travers d'énormes concessions, ce qui reviendra in fine à réaliser des économies de bouts de chandelle sur le financement des retraites des régimes spéciaux, les dirigeants du pays vont encore lâcher du lest.
Après une première piqûre de rappel le 18 octobre dernier, nous re-voilà dans un cauchemar presque digne de celui de 1995. A cet égard, il faut souligner qu'un jour de grève nationale représente un coût d'environ 2 milliards d'euros, notamment au travers des effets négatifs qu'elle suscite en termes de consommation des ménages et d'activité des entreprises dans l'industrie et les services.
Certes, lorsque le baril augmente de douze dollars sur une année, cela réduit d'environ 0,4 point la croissance mondiale. C'est relativement peu, mais de douze dollars en douze dollars, la facture risque de dépasser les 2 points de croissance. Et ce d'autant qu'en flambant, le pétrole accroît les pressions inflationnistes et réduit par là même la marge de manœuvre des banques centrales pour assouplir leur politique monétaire, en particulier dans la zone euro, où la BCE commence même à agiter le chiffon rouge d'un possible resserrement…
A peine dix mois après sa première édition, lancée sous le gouvernement Villepin, la deuxième conférence nationale sur le pouvoir d'achat vient d'avoir lieu à Bercy. Tous les partenaires sociaux entouraient la Ministre de l'Economie pour évoquer leurs craintes, leurs souhaits et leurs propositions en matière de pouvoir d'achat. A l'arrivée, un peu comme lors de la réunion du même nom du 14 décembre 2006, un bon coup médiatique, mais pas grande chose de concret.
Pour ceux qui ont connu les grèves de novembre 1995, celle du 18 octobre 2007 rappelle évidemment de bien mauvais souvenirs. Et ce, a fortiori lorsque l'on apprend que la mobilisation a été vraisemblablement plus forte aujourd'hui qu'il y a douze ans. Certes, la grève n'a pour l'instant duré qu'un jour et demi, contre trois semaines à l'automne 1995. Pour autant, son succès rappelle avec douleur l'extrême difficulté à réaliser en France des réformes pourtant simples et admises par tous, même par les syndicats des transports publics.
Comme nous l'évoquions la semaine dernière, la rupture ou plus exactement réussir la rupture est indispensable au bon fonctionnement des économies. Ce n'est d'ailleurs qu'en se fixant de nouvelles frontières à franchir et en s'en donnant les moyens que l'on peut avancer et réussir.
Depuis toujours, les changements, même modestes, et a fortiori les ruptures dérangent. Pis, elles font peur. Pourtant, elles sont indissociables du bon fonctionnement de la planète économico-financière. Mieux, elles en sont les moteurs.
Comme on pouvait s'y attendre, le budget 2008 est très loin de la rupture. Tout au plus, pourrait-on parler d'une « rupturette ».
On en parle depuis vingt-cinq ans sans trop y croire, mais nous y sommes presque : dans cinq ans au plus tard, il n'y aura plus assez d'actifs pour financer la retraite par répartition. Certes, la loi Fillon de 2003 a réformé une partie des retraites, mais son bouclage financier table notamment sur un taux de chômage de 4,5 % à partir de 2010 et pendant dix ans. Or, compte tenu de la mollesse structurelle de la croissance et des créations d'emplois dans l'Hexagone, cette prévision paraît peu probable.
La semaine dernière, l'un des trois grands magazines politiques français nous a « catalogué » dans l'opposition, au seul motif que nous annoncions depuis déjà plusieurs mois que cette année la croissance ne serait pas de 2,5 %, ni de 2,25 % comme le prévoit le gouvernement, mais de 1,8 %.
Un Président de la République devant le Medef, c'était du jamais vu. Nicolas Sarkozy l'a fait ! On ne peut évidemment que s'en réjouir tout en se demandant pourquoi personne ne l'a fait avant. Peut-être tout simplement, parce que le nouveau Président et plus globalement l'ensemble des Français ont compris (enfin !) que l'économie était primordiale et que seules des entreprises en bonne santé pouvaient garantir une croissance soutenue et un emploi dynamique.
Doit-on vraiment dire la vérité sur l'évolution prévisible de la croissance française, en particulier lorsqu'elle s'annonce difficile ? Certes, les dirigeants d'une Nation ont assurément un devoir d'optimisme. Dans ce cadre, il n'y a rien de véritablement choquant lorsque les actuels responsables politiques français font état de leur confiance dans l'avenir économique du pays. Pour autant, ceux-ci ont également un devoir de transparence vis-à-vis de leurs concitoyens.
Faut-il avoir peur de l'actuelle tempête boursière ? A quoi est-elle due ? Risque-t-elle de se transformer en cyclone ? Quelles en seront les conséquences économiques ? Que doivent faire les banques centrales ? Les gouvernements doivent-ils mettre leur grain de sel ? Quel est notre scénario économico-financier pour les trimestres à venir ?
Taux monétaires, taux longs, euro/dollar, Cac 40 : toutes les grandeurs financières internationales devraient connaître une forte volatilité au cours des prochains mois. A la veille du traditionnel ralentissement estival de la marche des affaires, il paraît donc opportun de faire le point sur nos prévisions financières :
Les sourires et la décontraction à la sortie du dernier conseil Ecofin sont de rigueur, mais personne n'est dupes : la France ne respectera pas ses engagements de réduction des déficits publics.
Comme nous la craignions depuis quelques semaines et a fortiori après la victoire en demi-teinte de l'UMP aux législatives, la future politique économique de la France s'inscrira dans le prolongement des précédentes : un peu moins de pression fiscale pour certains, un peu plus de dépenses publiques pour beaucoup. Autrement dit : toujours plus de déficit public, mais toujours peu de croissance. Il faut dire que comme cela dure depuis vingt-sept ans, le déficit est devenu une drogue dure dont nous n'arrivons pas à nous séparer.
Que Jean-Claude Trichet et la BCE s'amusent à augmenter le taux refi exagérément jusqu'à casser la reprise qui était en train de se dessiner dans la zone euro n'est pas vraiment une surprise.
Pour débuter sa vague de réformes, Nicolas Sarkozy a donc choisi de commencer par les cadeaux fiscaux. A quelques jours des élections législatives, cela peut évidemment se comprendre. En outre, avec un niveau de prélèvements obligatoires de quasiment 45 % du PIB, il était devenu indispensable de baisser la pression fiscale française, qui, rappelons-le, est l'une des plus élevée du monde.
Depuis quelques mois, on ne cesse de me poser les mêmes questions : pourquoi avez-vous quitté Natixis ? Quelles ont été les conditions de votre départ ? Qu'allez-vous faire maintenant ? Allez-vous rejoindre l'équipe gouvernementale ? L'ACDE est-elle un sous-marin de Sarkozy ? Allez-vous faire de la politique ?