Accueil > Economic World > Zone euro : les directeurs d'achat sont euphoriques.
Zone euro : les directeurs d'achat sont euphoriques.
ACDEFI - 27 mars 2017

C'est assez incroyable : en dépit des risques qui pèsent sur la stabilité politique de la zone euro, mais aussi des dangers qui menacent la croissance mondiale, sans oublier la légère remontée de l'euro/dollar, les directeurs d'achat de l'UEM se montrent euphoriques en mars.

Ainsi, dans l'industrie, l'indice Markit PMI a progressé de 0,8 point en mars, atteignant 56,2, un plus haut depuis avril 2011. Encore mieux dans les services : + 1 point en mars, soit un niveau de 56,5, également un sommet depuis avril 2011.

 

Les indices PMI dans la zone euro continuent de progresser fortement.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

Comme le montre le graphique ci-dessus, ces progressions indiquent que la croissance eurolandaise pourrait rapidement retrouver, voire dépasser la barre des 2 %.

 

Bientôt plus de 2 % de croissance dans la zone euro ?

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

Une anticipation qui semble d'ailleurs confortée par l'évolution de l'indice Markit « composite », qui a atteint un niveau de 56,7 en mars, là aussi un plus haut depuis avril 2011.

Cette euphorie s'observe également en Allemagne et en France. Une fois n'est pas coutume, cette dernière s'est même illustrée positivement dans le secteur des services.

 

Indices PMI dans les services : la France devant tout le monde !

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Markit, ACDEFI

 

Ainsi, dans ce secteur, son indice Markit PMI a flambé de 2,1 points sur le seul mois de mars. Avec un niveau de 58,5, il surclasse ses homologues de la zone euro et d'Allemagne (respectivement 56,5 et 55,6). De plus, il atteint un sommet depuis mai 2011.

A croire que les directeurs d'achat dans les services ne sont absolument pas affectés par le climat délétère de la campagne présidentielle catastrophique qui s'est installé dans l'Hexagone.

En revanche, dans l'industrie, la France retrouve une situation « normale ». Certes, son indice PMI dans ce secteur a augmenté de 1,2 point en mars. Néanmoins, il reste loin derrière ses homologues eurolandais, et en particulier en Allemagne.

L'indice PMI « industrie » de cette dernière a effectivement progressé de 1,5 points en mars, pour atteindre un niveau de 58,3, un plafond depuis avril 2011.

L'industrie allemande reste ainsi en pointe de la zone euro, qui est également soutenue par les industries néerlandaises, irlandaises et espagnoles, mais plutôt freinée par celle de la France.

 

Les indices PMI flambent dans l'industrie, sauf en France.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Markit, ACDEFI

 

D'ailleurs, relativisant largement les enquêtes Markit, celles de l'INSEE ont refroidi les espoirs d'un fort rebond de la croissance française.

En effet, l'indice INSEE du climat des affaires a reculé d'un point dans l'ensemble des secteurs et de trois points dans l'industrie.

Ces indices atteignent désormais un niveau de 104, qui est certes appréciable, mais indique que la croissance française ne pourra gère dépasser significativement les 1,0 % cette année.

 

Le climat des affaires régresse légèrement en mars dans l'Hexagone.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : INSEE, ACDEFI

 

Et ce, d'autant que l'instabilité politique à venir en France et dans la zone euro risque de réserver des lendemains difficiles.

Voilà pourquoi, même si les dernières enquêtes Markit des directeurs d'achat sont euphoriques, il nous paraît opportun de rester prudents et de maintenir nos prévisions de croissance pour 2017, en l'occurrence 1,4 % pour la zone euro, 1,6 % pour l'Allemagne et 1,0 % pour la France.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.