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Des deux côtés de l'Atlantique, la croissance n'est pas à l'aune des indicateurs avancés
ACDEFI - 08 mai 2017

Il y a parfois des phénomènes « bizarres » dans la conjoncture économique. Par exemple lorsque les statistiques officielles font état d'une croissance plus forte que celle annoncée par les indicateurs avancés. On sait généralement d'où cela provient…

Il arrive également, mais beaucoup plus rarement, que ce soit l'inverse. Et c'est exactement ce à quoi nous assistons depuis l'été dernier.

En effet, depuis lors, les indicateurs avancés à travers le monde, et notamment aux Etats-Unis et dans la zone euro, sont de plus en plus euphoriques. Un tel optimisme aurait normalement dû se traduire par une croissance forte des deux côtés de l'Atlantique. Pourtant, comme l'ont montré les comptes nationaux du premier trimestre 2017, celle-ci est restée molle.

Aux Etats-Unis, en dépit d'indices ISM des directeurs d'achat sur des plus hauts et qui auraient pu laisser anticiper une croissance forte, le PIB américain n'a que très peu progressé.

Au premier trimestre 2017, il n'a augmenté que de 0,7 % en rythme annualisé, sa plus mauvaise performance depuis le premier trimestre 2014.

Ainsi, son glissement annuel n'a été que de 1,9 %, soit le même niveau qu'au quatrième trimestre 2016. C'est certes mieux que le 1,3 % du deuxième trimestre 2015, mais très loin des 3 % que les indices ISM laissaient augurer.

 

La croissance américaine reste très loin de celle augurée par les indices ISM.

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Sources : BEA, ISM, ACDEFI

 

De plus, au cours de ce même premier trimestre, la consommation des ménages n'a progressé que de 0,3 % (toujours en rythme annualisé), soit son plus mauvais résultat depuis le quatrième trimestre 2009. Cette faiblesse de la consommation tranche avec le taux de chômage de plein-emploi qui prévaut outre-Atlantique et aussi avec les sommets atteints dernièrement par les indices de confiance des ménages.

 

Etats-Unis : la croissance globale déçoit, mais l'investissement des entreprises rebondit nettement.

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Sources : BEA, ACDEFI

 

Fort heureusement, les comptes nationaux américains du premier trimestre recèlent quatre bonnes nouvelles. Premièrement, le rebond de 5,8 % des exportations.

Deuxièmement, la formation de stocks négative, qui a retiré 0,9 point à la croissance, laissant augurer d'une évolution corrective au second trimestre.

Troisièmement, la flambée de 13,7 % de l'investissement logement des ménages (après déjà + 9,6 % au quatrième trimestre 2016).

Quatrièmement, la progression de 10,4 % de l'investissement des entreprises. De quoi anticiper la poursuite du plein-emploi et le retour d'une croissance américaine au-dessus des 2 % d'ici l'automne prochain.

Et ce, d'autant que la forte baisse des impôts pour les entreprises et les ménages annoncée par Donald Trump devrait soutenir à la fois l'investissement des entreprises et la consommation des ménages au cours des prochains trimestres. En espérant que le Congrès ne bloquera pas cette mesure de soutien de l'activité.

Voilà pourquoi, en dépit de la déception du premier trimestre, nous maintenons notre prévision d'une croissance américaine de 2 % sur l'ensemble de l'année 2017.

Ce sera évidemment une bonne performance, mais inférieure de 1 point à la prévision du Président Trump. Ce qui risque de poser quelques problèmes pour assurer le financement du plan de grands travaux annoncés pendant la campagne présidentielle.

Des difficultés similaires devraient s'observer dans la zone euro. En effet, tout comme aux Etats-Unis, la croissance du quatrième trimestre 2016 et du premier de 2017 a été très loin de celle que pouvaient laisser anticiper les indicateurs avancés.

Ainsi, alors que ces deniers annonçaient un glissement annuel du PIB d'au moins 2 %, celui-ci n'a été que de 1,7 % au premier trimestre, après 1,8 % lors du trimestre précédent.

 

La croissance eurolandaise recule à 1,7 %, bien loin des espoirs des directeurs d'achat.

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Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

Un tel écart nous amène donc à relativiser la bonne santé décrite par les enquêtes Markit des directeurs d'achat en avril.

 

Croissance et taux de chômage dans la zone euro : ça stagne...

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Voilà pourquoi, nous maintenons notre prévision d'une croissance eurolandaise de 1,6 % sur l'ensemble de l'année 2017.

Et ce, d'autant que le taux de chômage a stagné à 9,5 % en mars. Si la baisse de ce dernier depuis les plus hauts de 2013 est évidemment appréciable, il n'y a toujours pas de quoi pavoiser, surtout lorsqu'on se souvient qu'au début 2008, le taux de chômage eurolandais était de 7,3 %.

En fait, et comme cela s'observe depuis quinze ans, de grandes disparités de taux de chômage existent au sein de la zone euro. Avec, d'un côté, des niveaux de 3,9 % en Allemagne ou 5,1 % aux Pays-Bas et, de l'autre, des niveaux de 23,5 % en Grèce et 18,2 % en Espagne.

Quant à la France, même si son taux de chômage n'est « que » de 10,1 %, elle continue de contribuer négativement à la bonne santé du marché de l'emploi de l'ensemble de l'UEM.

 

Taux de chômage : la France au-dessus de la zone euro et loin devant l'Allemagne et le Royaume-Uni.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Il faut donc espérer qu'à partir de 2017, la France va enfin s'engager sur la voie de la modernisation économique, pour ne plus tirer la zone euro vers le bas, mais pour devenir un modèle de remise en question positive.

Gardons l'espoir…

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Un vent d’euphorie semble souffler sur la zone euro et sur la France depuis quelques semaines. Selon certains prévisionnistes, notamment ceux des organes officiels que sont la Commission européenne et l’INSEE, l’UEM et la France auraient d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance forte, qui pourrait même avoisiner les 2,5 % dès 2018. A l’évidence, la réalisation d’une telle conjecture ne pourrait que nous faire plaisir. Seulement voilà : en économie, la magie n’existe pas. Autrement dit, pour pouvoir atteindre une croissance durable de 2,5 %, il faut un certain nombre d’ingrédients dont la France et la zone euro ne disposent pas pour le moment. Certes, la faiblesse des cours du pétrole et des matières premières au sens large, le caractère extrêmement accommodant de la politique de la BCE ou encore le maintien des taux d’intérêt obligataires sur des niveaux exagérément bas ont aidé et aideront encore la croissance économique. Pour autant, il s’agit là de conditions nécessaires mais pas suffisantes pour permettre à cette dernière d’atteindre 2,5 %. D’ailleurs, d’autres éléments conjoncturels agissent déjà à la baisse sur la dynamique économique : le ralentissement dans la plupart des pays émergents, Chine et Inde en tête, la remontée de l’euro, notamment face au dollar, ou encore les incertitudes géopolitiques internationales. Mais au-delà de ces évolutions conjoncturelles, certes non négligeables, le vrai handicap de la zone euro et plus particulièrement de la France, réside dans la faiblesse de leur croissance structurelle. Aussi, pour parvenir à ce niveau de 2,5 %, il faut engager de profondes réformes structurelles sur la fiscalité, le marché du travail ou encore le financement de l’économie, qui n’ont toujours pas été menées, en particulier en France. Autrement dit, ce ne sont pas quelques évolutions conjoncturelles favorables qui permettront de masquer les faiblesses structurelles de l’économie française. Dans ce cadre, nous sommes contraints de confirmer notre prévision d’une croissance française d’environ 1,3 % tant en 2017 qu’en 2018. Quant à l’atteinte durable des 2,5 %, elle ne sera possible qu’après la modernisation de l’économie française et donc, dans le meilleur des cas, pas avant 2020. Certes, mieux vaut tard que jamais. La question reste néanmoins de savoir si la population et les entreprises françaises auront la force d’attendre…
A suivre du 26 au 30 juin :
- Lundi 26, 10h (heure de Paris) : léger recul de l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne.
- Lundi 26, 14h30 : rebond correctif et limité des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Lundi 26, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Mardi 27, 16h : l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains recule légèrement.
- Mercredi 28 8h45 : stabilisation de l’indice INSEE de confiance des ménages dans l’Hexagone.
- Mercredi 28, 14h30 : le déficit de la balance des marchandises recule modestement aux Etats-Unis.
- Jeudi 29, 8h : baisse modérée de l’indice GfK de confiance des ménages allemands.
- Jeudi 29, 11h : quasi-stabilisation de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 29, 14h : l’inflation allemande se stabilise à 1,4 %.
- Jeudi 29, 14h30 : la faiblesse de la croissance américaine au premier trimestre est entérinée.
- Vendredi 30, 1h30 : stabilisation du taux de chômage japonais à 2,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : la consommation des ménages repart à la baisse en France.
- Vendredi 30, 8h45 : l’inflation française stagne à 0,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : en France, la dette publique atteint 96,5 % du PIB au premier trimestre.
- Vendredi 30, 9h55 : le taux de chômage se stabilise à 5,7 % en Allemagne.
- Vendredi 30, 10h30 : nouvelle confirmation de la croissance britannique à 2 % au premier trimestre.
- Vendredi 30, 11h : stabilisation de l’inflation eurolandaise à 1,4 %.
- Vendredi 30, 14h30 : progression modérée des revenus et de la consommation des ménages aux Etats-Unis.
- Vendredi 30, 16h : confirmation de la nette baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs américains.