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Economie et Marchés : soyons optimistes mais réalistes !
ACDEFI - 18 mai 2017

On m'accuse parfois d'excès de pessimisme. Dernièrement, un investisseur m'a même qualifié de « cygne noir ». Même si je suis aguerri face aux critiques, je dois avouer que je ne suis pas insensible à ce type de jugement, pour la simple raison que je suis tout sauf pessimiste. En fait, bien loin de ce vrai défaut, je suis un optimiste acharné. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en dépit des déboires de l'économie française et du manque de courage des dirigeants hexagonaux depuis des années, je continue de préconiser, notamment dans mes deux derniers livres « Guérir la France La thérapie de choc » et « La fin d'un monde », des recettes pour sortir notre « douce France » de l'ornière économique et sociétale.

Pour autant, si je refuse de céder au pessimisme maladif et au « déclinisme », je me dois et nous nous devons collectivement d'être réalistes. C'est dans ce cadre que je m'impose de dire la vérité et d'analyser les chiffres de l'économie française et l'évolution des marchés financiers avec honnêteté et impartialité. Et ce quel que soit la couleur du parti de gouvernement.

Ceux qui me suivent depuis longtemps savent par exemple qu'au début 1998, lorsque Lionel Jospin était premier ministre, j'ai été l'un des premiers à annoncer le retour de la croissance forte en France, à juste titre. J'ai ensuite annoncé la poursuite de cette croissance forte jusqu'en 2000 en dépit du scepticisme ambiant. Et ce notamment parce que nous profitions d'un contexte presque parfait : une révolution technologique majeure, des cours du pétrole très bas, un niveau de l'euro sous-évalué et une croissance mondiale forte.

Ensuite, que ce soit sous le second mandat de Jacques Chirac et sous celui de Nicolas Sarkozy, je n'ai pas hésité à annoncer, lorsqu'il le fallait, le retour de la croissance molle, notamment par manque de réformes de fond. Avec François Hollande, il n'y avait évidemment pas de raison que cela change. Et ce d'autant que la France est devenue le seul pays développé à refuser de moderniser son économie en profondeur.

De même, en 2009, lorsque la quasi-totalité des prévisionnistes de la planète annonçait l'écroulement de la croissance mondiale, j'étais l'un des rares à prévoir un rebond pour la fin d'année et l'évitement du cataclysme du type «crise de 1929 ». C'est notamment ce que je défendais dans « Krach, boom… et demain ? » qui sortait fin janvier 2009.

Autrement dit, j'ai toujours refusé de devenir un pessimiste invétéré et d'être considéré comme tel. En revanche, quelles que soient les pressions, je continue et continuerai de dire la vérité. Ainsi, en dépit de l'euphorie ambiante qui voudrait que la France va très vite retrouver la croissance forte et que les marchés boursiers vont encore flamber, je dois vous mettre en garde contre la forte probabilité de déceptions face à ces espoirs.

Certes, selon l'INSEE, le chômage français a baissé à 9,6 % au premier trimestre 2017. Cependant, pour cette même période et selon la même méthode de calcul, dite du Bureau International du Travail, Eurostat a annoncé un niveau de 10,1 %. Etonnant non ?

De même, au premier trimestre 2017, le glissement annuel du PIB français a baissé à 0,8 %, soit la plus mauvaise performance de la zone euro (certes, après la Grèce à - 0,5 %). Bizarre pour une économie où tout semble aller mieux. Enfin, les dernières statistiques du climat des affaires de l'INSEE montrent que la croissance hexagonale devrait rester faible au cours des prochains trimestres. Il faut donc ouvrir les yeux et cesser le déni de réalité qui nous fait d'ailleurs tant de mal depuis trente ans

Un aveuglement similaire est observable en matière de flambée des grands indices boursiers internationaux. La chute des derniers jours confirme d'ailleurs que la situation est fragile. Là aussi, il faut être clair : pour justifier économiquement un Dow Jones à 21 000 points, il faudrait une croissance mondiale d'au moins 8 %. Or, elle sera dans le meilleur des cas de 3,5 %. Ce qui est certes très appréciable, mais très loin de pouvoir valider l'euphorie boursière des six derniers mois.

De plus, les risques extra-économiques qui pèsent sur cette dernière sont nombreux : dangers géopolitiques et militaires, notamment en Corée du Nord et au Moyen-Orient, menace de destitution du Président Trump, risques d'attentats et de désordres sociaux un peu partout en Europe, sans oublier les sempiternelles crises grecques, mais aussi les risques bancaires en Chine et à travers le monde, qui sont, pour l'instant enfouis dans l'inconscient collectif mais qui demeurent incandescents.

Dans ce cadre, je maintiens ma prévision d'une baisse d'au moins 15 % des grands indices boursiers dans les six prochains mois, avec une croissance économique d'au mieux 3,3 % pour la planète et d'environ 1 % pour la France.

Croyez-moi, j'aimerais vraiment annoncer de meilleures nouvelles pour l'économie française et pour l'avenir des marchés financiers, mais je ne suis pas magicien. Je me contente simplement de dire la vérité et d'établir mes prévisions sur la base de la réalité économique.

En conclusion, je rappellerai cet adage de bon sens : mieux vaut prévenir que guérir. Autrement dit, en ces temps troublés, il ne faut pas hésiter à prendre ses bénéfices, même trop tôt. Pour ceux qui aiment les montagnes russes, ils pourront racheter après les phases de forte baisse et ainsi de suite jusqu'à la fin 2017. Pour les autres, mieux vaut rester liquides ou alors attendre la baisse de 15 % pour acheter des actions, non pas pour faire « des coups » (c'est-à-dire des plus-values de court terme), mais pour récupérer des dividendes, qui sont d'ailleurs l'objectif premier d'un investissement boursier.

Marc Touati


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On m'accuse parfois d'excès de pessimisme. Dernièrement, un investisseur m’a même qualifié de « cygne noir ». Même si je suis aguerri face aux critiques, je dois avouer que je ne suis pas insensible à ce type de jugement, pour la simple raison que je suis tout sauf pessimiste. En fait, bien loin de ce vrai défaut, je suis un optimiste acharné. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en dépit des déboires de l'économie française et du manque de courage des dirigeants hexagonaux depuis des années, je continue de préconiser, notamment dans mes deux derniers livres « Guérir la France La thérapie de choc » et « La fin d'un monde », des recettes pour sortir notre « douce France » de l'ornière économique et sociétale. Pour autant, si je refuse de céder au pessimisme maladif et au « déclinisme », je me dois et nous nous devons collectivement d'être réalistes. C'est dans ce cadre que je m'impose de dire la vérité et d'analyser les chiffres de l'économie française et l’évolution des marchés financiers avec honnêteté et impartialité. Autrement dit, j’ai toujours refusé de devenir un pessimiste invétéré et d’être considéré comme tel. En revanche, quelles que soient les pressions, je continue et continuerai de dire la vérité. Ainsi, en dépit de l’euphorie ambiante qui voudrait que la France va très vite retrouver la croissance forte et que les marchés boursiers vont encore flamber, je dois vous mettre en garde contre la forte probabilité de déceptions face à ces espoirs. Et ce d'autant que les risques extra-économiques sont nombreux : dangers géopolitiques et militaires, notamment en Corée du Nord et au Moyen-Orient, menace de destitution du Président Trump, risques d'attentats et de désordres sociaux un peu partout en Europe, sans oublier les sempiternelles crises grecques, mais aussi les risques bancaires en Chine et à travers le monde, qui sont, pour l’instant enfouis dans l’inconscient collectif mais qui demeurent incandescents. Dans ce cadre, je maintiens ma prévision d’une baisse d’au moins 15 % des grands indices boursiers dans les six prochains mois, avec une croissance économique d’au mieux 3,3 % pour la planète et d’environ 1 % pour la France. Croyez-moi, j'aimerais vraiment annoncer de meilleures nouvelles pour l'économie française et pour l’avenir des marchés financiers, mais je ne suis pas magicien. Je me contente simplement de dire la vérité et d'établir mes prévisions sur la base de la réalité économique...