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Mondialisation : Saint-Valentin : au-delà de la fête…
ACDEFI - 14 février 2008

Il y a les « pour » et les « anti ».

Les premiers s'apprêtent à savourer une douce soirée avec leur moitié. Au menu : mets fins et une tripotée de cœurs roses et rouges « marketés » avec le plus grand soin.

Les seconds, célibataires de gré ou par la force de choses, peaufinent leur argumentaire : la Saint-Valentin n'est qu'une fête purement commerciale, ré-inventée pour combler un vide économique.

Et force est de constater que cela marche ! Si l'on daigne regarder au-delà du mot doux pailleté de petits cœurs ou de la boite de chocolats enrubannée que notre cher et tendre vient de nous offrir, on y verra la mondialisation en plein travail.

Ce phénomène ne peut se définir uniquement par les échanges commerciaux, l'internationalisation de la production et des marchés financiers. La mondialisation est aussi, par les rapports de plus en plus étroits et interdépendants qu'elle induit, le véhicule de nouvelles façons de penser, de faire, de se comporter d'un groupe ou d'une société. Intrinsèquement, la mondialisation culturelle s'accompagne de métissages mais aussi de résistances.

La Saint-Valentin est en plein cœur de cette dichotomie.

Dans un sens, la fête des amoureux illustre bien le phénomène de globalisation de la culture qui élargit sans cesse notre champ intellectuel. Cette célébration - dont les racines se retrouvent dans l'Histoire du catholicisme - a même séduit des pays à la tradition cultuelle différente. Dans les monarchies arabes du Golfe, la Saint-Valentin est ainsi de plus en plus populaire.

Si cette date peut permettre de témoigner d'un peu d'amour et d'empathie à l'égard de son prochain à l'heure où l'on parle d'individualisation et de redéfinition de la notion de famille dans les sociétés occidentales, alors pourquoi pas ? Nous n'en blâmerons pas la mondialisation. Et qu'importe si, au final, les amoureux ont été les victimes de « marketeurs » et de publicitaires à l'imaginaire foisonnant. Personne ne devrait s'en porter plus mal.

Mais, dans un autre sens, reconnaissons-le, il y a tout de même quelque chose d'un peu impersonnel et de caricatural dans cette « tradition » qui n'en est pas une. De là à parler d'uniformisation des modes de vie, il n'y a qu'un pas.

Une fois de plus, Valentin est condamné - la légende veut qu'au moins deux religieux prénommés Valentin aient été martyrs et que, aux alentours de 498, le Pape Gélase Ier ait fixé leur fête au 14 février. Chaque année, les « Moutawa », les membres de la police religieuse saoudienne - dont le nom officiel est la « Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice » -, essaient d'empêcher la célébration de la Saint-Valentin, jugée contraire à l'Islam. Interdiction pour les marchands d'exposer des objets de couleur rouge en vitrine ou de vendre des roses, interdiction pour les amoureux d'acheter des présents sous peine de sanctions... L'Arabie saoudite considère la Saint-Valentin comme une « fête chrétienne païenne » en vertu d'une « fatwa » (décret religieux) lancée il y a sept ans.

Cette « rébellion » commence même à se faire sentir au Koweït voisin où les islamistes ont haussé le ton cette année et à Dubaï, de loin la ville la plus tolérante et la plus occidentalisée de la région.

En 2003, en Inde et au Pakistan, la Saint-Valentin avait été clouée au piloris : insulte à l'Islam et à l'Hindouisme, jour de honte et de luxure, tentative de corruption de la jeunesse, attraction aux fins uniquement commerciales, risque pour l'identité des nations... Les mêmes arguments que ceux utilisés pour dénoncer la mondialisation dans son ensemble.

L'Homme est « l'alpha et l'oméga » de la mondialisation. Etudier cette dynamique sous ses aspects économiques et financiers n'éclaire pas beaucoup si l'on ne perçoit pas les forces et les tensions sociologiques, culturelles, cultuelles qui la traversent, la dé-construisent et la re-construisent chaque jour.

L'anthropologue français René Girard[1] l'a bien perçu : « la mondialisation est le triomphe du désir mimétique ». Et « le désir mimétique » est « source de rivalité, de chaos et de conflit, donc de violence ». Dur constat le jour de la fête de l'Amour.

 

Alexandra Voinchet



[1] GIRARD René, Je vois tomber Satan comme l'éclair. Editions Grasset. Paris. 1999

Les analyses hebdomadaires
Un vent d’euphorie semble souffler sur la zone euro et sur la France depuis quelques semaines. Selon certains prévisionnistes, notamment ceux des organes officiels que sont la Commission européenne et l’INSEE, l’UEM et la France auraient d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance forte, qui pourrait même avoisiner les 2,5 % dès 2018. A l’évidence, la réalisation d’une telle conjecture ne pourrait que nous faire plaisir. Seulement voilà : en économie, la magie n’existe pas. Autrement dit, pour pouvoir atteindre une croissance durable de 2,5 %, il faut un certain nombre d’ingrédients dont la France et la zone euro ne disposent pas pour le moment. Certes, la faiblesse des cours du pétrole et des matières premières au sens large, le caractère extrêmement accommodant de la politique de la BCE ou encore le maintien des taux d’intérêt obligataires sur des niveaux exagérément bas ont aidé et aideront encore la croissance économique. Pour autant, il s’agit là de conditions nécessaires mais pas suffisantes pour permettre à cette dernière d’atteindre 2,5 %. D’ailleurs, d’autres éléments conjoncturels agissent déjà à la baisse sur la dynamique économique : le ralentissement dans la plupart des pays émergents, Chine et Inde en tête, la remontée de l’euro, notamment face au dollar, ou encore les incertitudes géopolitiques internationales. Mais au-delà de ces évolutions conjoncturelles, certes non négligeables, le vrai handicap de la zone euro et plus particulièrement de la France, réside dans la faiblesse de leur croissance structurelle. Aussi, pour parvenir à ce niveau de 2,5 %, il faut engager de profondes réformes structurelles sur la fiscalité, le marché du travail ou encore le financement de l’économie, qui n’ont toujours pas été menées, en particulier en France. Autrement dit, ce ne sont pas quelques évolutions conjoncturelles favorables qui permettront de masquer les faiblesses structurelles de l’économie française. Dans ce cadre, nous sommes contraints de confirmer notre prévision d’une croissance française d’environ 1,3 % tant en 2017 qu’en 2018. Quant à l’atteinte durable des 2,5 %, elle ne sera possible qu’après la modernisation de l’économie française et donc, dans le meilleur des cas, pas avant 2020. Certes, mieux vaut tard que jamais. La question reste néanmoins de savoir si la population et les entreprises françaises auront la force d’attendre…
A suivre du 26 au 30 juin :
- Lundi 26, 10h (heure de Paris) : léger recul de l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne.
- Lundi 26, 14h30 : rebond correctif et limité des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Lundi 26, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Mardi 27, 16h : l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains recule légèrement.
- Mercredi 28 8h45 : stabilisation de l’indice INSEE de confiance des ménages dans l’Hexagone.
- Mercredi 28, 14h30 : le déficit de la balance des marchandises recule modestement aux Etats-Unis.
- Jeudi 29, 8h : baisse modérée de l’indice GfK de confiance des ménages allemands.
- Jeudi 29, 11h : quasi-stabilisation de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 29, 14h : l’inflation allemande se stabilise à 1,4 %.
- Jeudi 29, 14h30 : la faiblesse de la croissance américaine au premier trimestre est entérinée.
- Vendredi 30, 1h30 : stabilisation du taux de chômage japonais à 2,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : la consommation des ménages repart à la baisse en France.
- Vendredi 30, 8h45 : l’inflation française stagne à 0,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : en France, la dette publique atteint 96,5 % du PIB au premier trimestre.
- Vendredi 30, 9h55 : le taux de chômage se stabilise à 5,7 % en Allemagne.
- Vendredi 30, 10h30 : nouvelle confirmation de la croissance britannique à 2 % au premier trimestre.
- Vendredi 30, 11h : stabilisation de l’inflation eurolandaise à 1,4 %.
- Vendredi 30, 14h30 : progression modérée des revenus et de la consommation des ménages aux Etats-Unis.
- Vendredi 30, 16h : confirmation de la nette baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs américains.