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L'inflation, un indice tronqué
ACDEFI - 09 juin 2009

L'un des indices les plus importants pour les économies développées est le taux d'inflation : il sert à calculer la progression du pouvoir d'achat (en le déduisant de l'augmentation nominale des salaires), de référence pour les négociations salariales, de guide pour la politique monétaire de la banque centrale, etc.

 

Mais l'inflation dont on parle est définie et calculée comme un «indice des prix à la consommation», c'est à dire excluant les biens d'investissement, au premier rang desquels l'immobilier. On ne conteste pas bien sûr que l'immobilier soit un investissement, mais notons que c'est aussi un bien dont la consommation est obligatoire, cet aspect est même primordial par rapport au placement qu'il représente : on peut choisir de ne pas investir dans une SICAV, mais on n'arbitre pas entre habiter un logement et dormir sous les ponts ! Un logement est vital, indispensable. Si en plus on peut constituer un capital pour l'avenir tant mieux, mais cela vient après.

 

Avec cette méthodologie (partagée dans l'ensemble des pays développés), seuls les loyers sont pris en compte dans l'indice des prix, et pas du tout les acquisitions de logements. De surcroît, les loyers étant la plupart du temps réglementés (spécialement en France), ils augmentent moins vite que les prix du neuf et de l'ancien. Au final, les emprunts immobiliers (qui constituent une dépense majeure des ménages) n'apparaissent pas dans le calcul du taux d'inflation, seuls sont pris en compte les loyers, au rythme d'augmentation plus modéré.

 

Compte tenu de la forte hausse de l'immobilier dans les pays développés depuis le début des années 90, on peut affirmer que la hausse des prix a été largement sous-estimée, et la progression du pouvoir d'achat des ménages surestimée (cela se traduit d'ailleurs par la hausse des «dépenses contraintes», au premier rang desquels les emprunts immobiliers). Mais, plus grave, on sait que la crise actuelle trouve sa source en grande partie dans l'immobilier et une hausse forte et régulière de ses prix qui a fini par faire tourner la tête à bon nombre de banques et d'investisseurs (de la crise des Subprimes à l'effondrement économique de l'Espagne). Et cet indice tronqué de l'inflation a induit en erreur les politiques économiques et monétaires.

 

Sans bouleverser la comptabilité publique, on pourrait au moins construire un indice des prix supplémentaire incluant le logement en acquisition. Pour information, mais aussi par honnêteté vis à vis aux ménages, ainsi que pour affiner la conduite de la politique monétaire des banques centrales. Si un tel indice avait existé il aurait, au cours des années 90 et 2000, durablement franchi le chiffre de 5 % (aux Etats-Unis, en Espagne, en Angleterre notamment), seuil de déclenchement, «voyant rouge» pour les banques centrales, qui auraient alors été obligées d'agir. La trop forte croissance des prix de l'immobilier serait devenue un problème majeur et aurait incité les acteurs publics et privés à y répondre. Aurions-nous évité la crise ? Peut être. Pour un simple indice.

 

Il est encore temps d'agir : on nous dit que l'inflation est nulle dans la zone euro, en fait, compte tenu de la chute des prix immobiliers, nous sommes déjà en déflation. Il serait préférable de le savoir vraiment et d'agir en conséquence plutôt que de perdre du temps.

 

Philippe Herlin

Chercheur en finance

philippeherlin.com

 

Les analyses hebdomadaires
Quelle tristesse ! Alors que la « loi travail » n’est qu’une réformette du marché du travail français (très loin de la refonte structurelle dont a besoin ce dernier), elle a réussi à générer une fronde massive et un mouvement de grèves, de manifestations et de blocage du pays impressionnant. C'est dire l’étendue de l’hermétisme de certains Français à la moindre réforme. Le problème est qu’au-delà de la tristesse qu’elle suscite, cette situation commence à coûter cher à l’économie française qui sort très péniblement la tête de l’eau depuis quelques trimestres. Pire, au regard des préavis de grève et des mouvements annoncés pour les prochains jours, nous ne serions qu’au début de nos peines… Raffineries bloquées, arrêts de travail dans les centrales nucléaires, manifestations un peu partout, et bien sûr grèves chez les contrôleurs aériens, dans les transports en communs et notamment à la SNCF. Lorsque sait qu’un jour de grève à la SNCF lui coûte environ 50 millions d'euros et génère à lui seul un manque à gagner quotidien de 400 millions pour l'ensemble de l'économie française, on peut imaginer l’ampleur des dégâts de l’ensemble de ces grèves et blocages. D’ici le début juin, le coût global devrait avoisiner les 8 milliards d’euros. Mais, au-delà de ces coûts directs, qui sont déjà exorbitants, le vrai coût de la grève est ailleurs. D'une part, il réside dans l'affaiblissement global de l'économie nationale. D'autre part, ce blocage va encore nuire à la piètre crédibilité de l'économie française en matière de capacité à se réformer. Au total, la France pourrait bien tomber dans une crise "à la grecque". Pour éviter d’en arriver là, il faut donc absolument arrêter la démagogie et devenir enfin responsable. Il ne s'agit pas simplement d'un problème de bras de fer entre le gouvernement et les syndicats ou encore de l'établissement de prévisions tronquées, mais de l'avenir de nos enfants…
A suivre du 23 au 27 mai :
- Lundi 23, 4h (heure de Paris) : quasi-stagnation de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Lundi 23, de 9h à 10h : repli généralisé des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Lundi 23, 15h45 : l’indice Markit dans l’industrie manufacturière américaine recule également.
- Lundi 23, 16h : l’indice de confiance des consommateurs repart en légère baisse dans la zone euro.
- Mardi 24, 8h: confirmation de la croissance allemande de 0,7 % au premier trimestre 2016.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent légèrement dans l’Hexagone.
- Mardi 24, 10h : les indices ZEW de sentiment économique repartent à la baisse en Allemagne et dans la zone euro.
- Mercredi 25, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule également outre-Rhin.
- Mercredi 25, 18h : le chômage français reprend logiquement le chemin de la hausse.
- Jeudi 26, 10h30 : confirmation d’une croissance britannique de 0,4 % au premier trimestre 2016.
- Jeudi 26, 14h30 : recul des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Jeudi 26, 15h45 : baisse notable des indices Markit « services » et composite outre-Atlantique.
- Vendredi 27, 1h30 : la déflation se poursuit au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd un point.
- Vendredi 27, 14h30 : le net ralentissement de la croissance américaine au premier trimestre 2016 est confirmé.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.